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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

Secrets d'Urbex, Le Castel des cascadelles

Auteur :

Alix AVRIL

Categories : Romans
Date de parution : 27/03/2021

Extrait
(3 avis)
Couverture
Secrets d'Urbex, Le Castel des cascadelles

Extrait 1

Les yeux rivés sur son écran d'ordinateur, il zigouillait mécaniquement du zombie depuis huit longues heures déjà. À peine avait-il pris le temps d'aller aux toilettes vers deux heures du matin. Son cerveau était passé en mode automatique et seuls ses doigts, frénétiques, bougeaient, tandis que le reste de son corps, amorphe, pesait de plus en plus lourd dans son fauteuil de bureau hors de prix, offert par l'un de ses sites partenaires. Ses yeux piquaient, sa gorge était irritée d'avoir trop crié et fumé et il avait beau la racler, il couinait désormais avec une drôle de voix éraillée.

À droite ! Derrière toi putain !

Ces « défis zombie » commençaient à le lasser et la répétition des bruits, toujours les mêmes, continuaient à résonner dans ses oreilles jusque dans son sommeil. Il se réveillait parfois en sursaut, trempé de sueur, le cœur en transe, avec la sombre impression d'avoir échappé au pire.

Mais c'était son job. Et ces défis de dix, douze ou vingt-quatre heures étaient très appréciés par son public. Il savait pertinemment qu'un paquet de gamins passeraient la nuit à le regarder, quitte à le payer toute la journée du lendemain. Il était certainement devenu la hantise de beaucoup de parents et d'enseignants, mais les remords ce n'était pas pour lui. Il laissait aux autres le choix de verser dans les cas de conscience, comme son pote Baptiste qui en était le champion toutes catégories.

Lui, ce n'était pas son genre. Il avançait sans trop se poser de questions, fumait la vie par les deux bouts, profitait de ce qu'on lui offrait, fier d'être devenu quelqu'un. Du moins il s'en persuadait. Car la réalité n'était pas si simple.

Il tira une dernière bouffée sur sa cigarette et l'écrasa sur le carton à pizza éventré qui traînait sur son bureau, à côté du petit tas d'olives qu'il délaissait toujours et qui formait une grosse auréole huileuse. Il avait encore les doigts gras de fromage et de pepperoni, mais personne ne viendrait s'en plaindre. Quand sa manette était trop sale, il en changeait. Tout simplement. Les marques ne cessaient de lui en envoyer de nouvelles et il n'avait qu'à piocher dans l'un des cartons qui encombraient toujours un coin de sa chambre.

À gauche putain !

Il glapissait comme une gonzesse. Décidément, sa gorge ne voulait pas coopérer. Il attrapa la canette de boisson énergétique qu'il avait ouverte il y a une bonne heure déjà et la porta à sa bouche. Elle était vide. Il jura avant de la broyer entre ses doigts et la jeta dans la corbeille déjà débordante de déchets en tout genre. Elle ricocha avant de s'écraser par terre sans que le jeune homme ne s'en aperçoive.

Sa gorge était sèche, sa langue pâteuse, il lui fallait un coup de boost sous peine de ne pas tenir les douze heures de défi promises.

Temps mort les gars ! Couvrez-moi, je ravitaille !

Il lâcha la manette avec peine, tant ses doigts semblaient ne faire qu'un avec elle et arracha son casque avec soulagement. Le silence de sa chambre lui parut presque trop brutal, angoissant, et ses oreilles bourdonnèrent. Il s'extirpa de son fauteuil et tituba jusqu'à la porte, ivre d'images violentes et barbares, de bruits de tirs et de cris.

La porte des toilettes était ouverte et il urina bruyamment, sans relever la lunette. Dans la pièce de vie la lumière vive du matin l'éblouit et il plissa les yeux comme un animal pris dans les phares d'une voiture.

Ah ! Salut les intellos ! Déjà réveillés ? marmonna-t-il en découvrant les deux visages aux trait similaires qui petit-déjeunaient dans le calme et la concentration, déjà plongés dans leurs cours et leurs bouquins à six heures du matin.

Aucun des deux ne broncha et Joris ouvrit le frigo pour attraper deux nouvelles cannettes de sa boisson énergétique favorite. Là aussi, la marque lui en offrait gracieusement, pour peu qu'il se contente d'en boire quelques-unes durant ses live vidéos.

Le tableau qu'offraient ses deux colocataires était digne d'une publicité ou d'un post Instagram. Les jumeaux étaient vraiment beaux, avec leurs visages angéliques et leurs lunettes rondes, le cheveu propre et brillant, les dents blanches, aussi blanches que la cuisine épurée et contemporaine où ils déjeunaient.

Au départ, Joris n'en était pas revenu d'habiter un si bel appartement, mais aujourd'hui, il n'en voyait plus rien, reclus en quasi-permanence dans son repaire. Il était d'ailleurs bien incapable de se souvenir de la dernière fois où il avait pris son petit-déjeuner ici.

Vous savez qu'on peut faire une overdose de vitamines, fanfaronna-t-il en désignant du menton les flacons de compléments alimentaires qui traînaient sur la table entre leurs deux verres d'oranges pressées et les toasts grillés.

Camille termina sa bouchée de muesli avant de lui répondre.

Possible, mais peu probable... Quant à toi j'hésite encore…

Elle fit mine de réfléchir et continua :

Qui, de l'overdose de taurine ou de connerie aura ta peau ?

Joris rit de bon cœur à la répartie de la jeune femme qui ne manquait jamais une occasion de le moucher.

 

Extrait 2

Elle

Dans l'obscurité profonde les heures et les jours défilaient, indistincts, monotones. Elle disposait de tant de temps qu'elle ne savait plus quoi en faire.

Compter, sans s'arrêter, perdre le fil, abandonner, pour finalement recommencer. Cette fois jusqu'à mille...

Chanter des chansons, oublier les paroles, mélanger les airs. Ne plus retrouver le nom de cette chanteuse brune aux yeux bleus. Je l'ai sur le bout de la langue...

Penser. Se demander pourquoi moi ? Comment en suis-je arrivée là, l'ai-je mérité ? Se persuader que les choses peuvent encore changer, qu'elles vont changer ! Comment pourrait-il en être autrement ?

Pleurer, souvent, beaucoup. Se noyer dans ses larmes, goûter son propre sel. Ne plus avoir la moindre goutte à verser, sentir ses yeux gonflés mais ne pas pouvoir se voir dans le miroir

Prier. Ne pas savoir comment, essayer quand même ; vouloir croire que quelqu'un pourrait l'entendre, l'aider

Espérer. Ne dit-on pas que l'espoir fait vivre ? Lorsqu'enfant elle se plaignait, sa mère répondait toujours qu'il y a plus forcément plus malheureux que nous autres dans ce monde. Était-ce dans son cas possible ?

Craquer, basculer, sombrer, chavirer, couler, étouffer, s'abîmer...

Survivre.

Pour l'avenir. Parce qu'elle ne serait plus seule.

Extrait 3

Un peu perdue, Chloé concentra son attention sur le sol souillé de la cuisine.

Sous la poussière, la crasse et les détritus en tout genre, on devinait les motifs géométriques de très beaux carreaux de ciment, qui laissaient entrevoir le charme suranné de la bâtisse. Cette exploration avait peut-être de jolies surprises à révéler finalement.

La curiosité prenait maintenant le dessus sur sa peur et ses doutes et, décidée, elle entraîna Camille avec elle dans le sillage de Joris qu'elle entendait déjà s'extasier dans la pièce voisine. Maintenant qu'elles étaient là, autant essayer de profiter du moment. Chloé s'interdisait beaucoup trop de choses, la peur dominant souvent ses envies. Pas de manège à sensations, pas de saut à l'élastique, pas de ski, pas de voyage en avion...

Les deux amies marchaient d'instinct sur la pointe des pieds. Comme si elles avaient peur de déranger. Comme si leur discrétion pouvait les rendre invisibles et excuser leur intrusion. Comme si les cris de Joris n'avaient pas d'importance. Elles débouchèrent dans un immense hall qui semblait distribuer l'ensemble des pièces du rez-de-chaussée. Flanqué d'un escalier aux larges marches de bois usées et coiffé d'un énorme lustre à breloques et papilles de cristal, l'endroit était étrangement dépouillé. Pas de meuble, pas de tableau, juste le vide, l'authenticité brute et nue du lieu. Sous l'effet de l'humidité le plâtre blanc des murs avait gondolé, parfois cloqué, suinté, comme si la maison avait pleuré.

Agenouillée, l'œil collé au viseur, Alicia cherchait l'angle parfait pour saisir la beauté d'une scène presque irréelle. Engloutie sous les assauts d'une vigne vierge insatiable, la grande porte d'entrée à double battant était définitivement condamnée. La plante, vorace, s'était glissée dans le moindre interstice, colonisant une partie des murs et du carrelage à damier. La couleur verte, acide du feuillage, tranchait sur la blancheur blafarde des plâtres. Avec le filtre adéquat, Alicia misait beaucoup sur ce cliché-là.

C'est juste ouf !

Joris n'en revenait pas.

Il venait de pénétrer dans une immense salle à manger, bien vite rejoint par Baptiste et les filles.

Ici l'air était plus respirable. Quelques carreaux cassés derrière les volets permettaient une bonne ventilation de la pièce et évitaient la prolifération des moisissures. La lumière trouble qui filtrait à travers les persiennes nimbait la pièce d'un voile de mélancolie et l'émotion les toucha tous. Différemment peut-être, mais personne ne pouvait rester insensible devant ce spectacle.

Commentaires

rabiller delphine
Delphine 83
28/03/2021
.E
.C
un autre extrait serait le bienvenu puisque apparemment ce roman parle d 'Urbex pour pouvoir entrer dans le vif du sujet , celui ci ne m'a pas emporté j 'aimerais en savoir plus sinon un beau style d 'écriture.
TOPSCHER Nelly
Nelly78114
28/03/2021
.E
.C
Un extrait qui me donne vraiment envie de connaitre la suite. Au regard du titre l'Urbex va être à l'honneur. Joris saura-t-il laisser ses jeux vidéos pour une virée? Ou cet urbex sera-t-il lui même une partie de jeu vidéo? Autant de questions qui vont surement me faire acheter le roman.
BESSOU Martine
Enitram34
06/04/2021
.E
.C
J'ai aimé le contraste entre Joris, un personnage très actuel qui semble ne pas se poser de questions, et l'extrait sur "Elle", qui nous entraîne immédiatement dans un monde plus angoissant. L'extrait 3 veut-il dire que l'urbex fera le lien entre ces deux mondes ? C'est ce que laisse présager la couverture ... En tout cas j'ai été assez intriguée et séduite pour lire le roman. Et je le conseille !!! Ma critique est déjà sur babelio
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