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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

Mine de rien - ISBN 978-2-37759-004-9 - PREMIER ROMAN

Auteur :

Buirod Franck

Categories : Romans
Date de parution : 25/04/2020

(5 avis)
Mine de rien - ISBN 978-2-37759-004-9 - PREMIER ROMAN

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« Je ne crois pas au contrôle de soi permanent, même pour les plus cérébraux. Il y a toujours une faille, une faille en soi que seuls les plus curieux ont envie d’aller chercher.
Les plus courageux veulent découvrir et exploiter leurs doutes, ce qui les bouscule au plus profond de leurs certitudes.
Les plus lâches, le font pour se trouver des excuses...
L’excuse de n’avoir pas en soi cette capacité à tout contrôler, se donner ainsi une justification à l’imperfection naturelle et pour absoudre alors parfois l’inexcusable en se déjouant de la culpabilité.
Que serait ce monde si chacun de nous allait au bout de ses envies, de ses désirs, de ses rêves ?
Les doutes... les interdits ! Vouloir normaliser à ses yeux sa propre existence pour ne plus douter de rien.
Perdre soudain le contrôle pour enfin jouir du moment présent. L’instant « T »
est parfois gâché par notre rationalité. » Franck Buirod

CHAPITRE I

L’ignorance de la vie est enfouie dans leur sommeil.
Ils sont tous les deux, côte à côte, comme depuis de nombreuses années, encore endormis, profitant sans s’en rendre compte des derniers instants qui restent avant de retrouver la réalité. Rien ne parasite leurs doux rêves. Il n’y a pas de bruit, le jour n’est pas encore levé. Puis l’imaginaire s’éloigne, les corps se réactivent. Ils se rapprochent l’un de l’autre, laissant disparaître cette multiplication d’images, dont ils ne se souviendront plus dans quelques secondes. Leurs corps se frôlent, se touchent.
Elle se colle un peu plus, il l’enlace de ses bras, comme pour se réchauffer.
Les gestes sont doux, naturels, alors, elle se laisse aller.
Elle ! C’est sa femme. Brigitte, directrice des ressources humaines dans un cabinet d’assurances. Elle a été la proie de bien des hommes avant de rencontrer Alain, refusant dignement leurs chastes demandes.
Alain, très attiré par elle et éperdument amoureux lui fit la cour avec acharnement. Elle mit du temps avant de s’offrir à lui. Il ne renonça jamais, face à cette femme au coeur blessé, que la vie n’avait pas épargnée. Cela fait déjà presque vingt ans !
Ils sont désormais installés à proximité de Paris dans une agréable ambiance de village champêtre. Les habitants n’ont qu’admiration pour ce couple de quadragénaires, même les plus envieux, devant tant d’élégance, de chaleur humaine et de réussite.
Lui est auteur de romans à succès, il en est à son huitième ouvrage. Son talent suscite la reconnaissance de ses lecteurs et la bienveillance de ses proches.
Leur convivialité, leur savoir-vivre et leur générosité créent une véritable harmonie dans leur petit cercle d’amis. Ils ne recherchent pas les mondanités, mais leur mode de vie se fond avec perfection aux codes de cette banlieue bourgeoise.
La lampe de chevet éclaire doucement cette chambre spacieuse, décorée avec soin et avec goût. Un large lit moderne, mais sobre fait face à la baie vitrée donnant sur le jardin et les champs au loin. Une belle sculpture en bois représentant une vierge à l’enfant stylisée constitue l’élément phare de cette pièce aux teintes chaudes et apaisantes. On sent dans cette chambre la patte féminine de Brigitte qui a le sens de l’harmonie, de l’équilibre des volumes et de l’accord des matériaux.
Brigitte s’est déjà tournée sur le ventre, prête à s’endormir de nouveau, apaisée.
La fenêtre légèrement entrouverte laisse glisser un air hivernal et frais, qui caresse le torse transpirant d’Alain. Il allume une cigarette tout en caressant le dos de sa douce. Il le parcourt du bout des doigts jusqu’à ses longs cheveux clairs et volumineux.
D’un geste élégant il passe au-dessus du corps de Brigitte pour couper la sonnerie agressive de son réveil.
La lumière du jour emplit lentement l’espace à travers les rideaux. Alain écrase sa cigarette, éteint la lampe et comme à son habitude se dirige vers la cuisine prenant bien soin auparavant de lui remonter le drap jusqu’à mi-dos, masquant partiellement le corps dénudé de sa femme.
Brigitte émet un petit gémissement comme pour le remercier, sans vouloir prononcer un mot tant elle se sent bien, calme.
Alain baigne maintenant dans le tumulte des sons et des bruits familiers : les premières voitures dans la rue, la porte qui grince gentiment au moment où il quitte la chambre, ses pas qui sonnent sur le parquet tout au long du couloir. Il se dirige machinalement vers la cuisine. Passant devant la porte fermée de la salle de bain il remarque la vapeur d’eau chaude qui s’échappe du bas de l’huisserie. C’est Marine, la fille unique de Brigitte issue d’un premier mariage, qui se prépare avant d’aller au lycée.
Il existe une véritable complicité entre Alain et Marine qui vient maintenant le rejoindre dans la cuisine. La tête entourée d’une serviette, elle discute avec lui tout en se séchant mécaniquement les cheveux. Alain l’a connue très jeune, avant même qu’elle ne prononce ses premiers mots. Il n’a jamais véritablement remplacé son père décédé tragiquement lors d’une compétition d’équitation. Mais il y a toujours eu beaucoup de respect entre eux deux et la conscience claire de la place de chacun dans ce trio recomposé. Marine est la fille de Brigitte et Alain est l’homme de Brigitte.
La vie est ainsi faite et Marine a pleinement accepté cette situation. Force est de reconnaître qu’elle est d’une admirable intelligence et d’une rare élégance pour une adolescente d’à peine dix-sept ans.
— Déjà !... s’exclame souvent Alain face à cette délicieuse enfant qui se transforme petit à petit en une très jolie femme.
Elle est grande, svelte et toujours vêtue avec goût. Ses chemises immanquablement entrouvertes au troisième bouton sous le col laissent entrevoir ses premières formes. Elle a de longs cheveux épais, châtain clair... Une photographie de Brigitte au même âge, trônant sur la console de l’entrée, ne laisse planer aucun doute sur leurs ressemblances physiques.
Un moment important attend Marine aujourd’hui. Elle est convoquée ce matin pour une épreuve orale au lycée. Mais elle ne laisse transparaître aucune nervosité, elle se permet même quelques traits d’humour avec sa mère venue les rejoindre et qui lui demande de l’aide pour fermer le zip de sa jupe.
— Méfie-toi Marine, il t’arrivera aussi de perdre ta souplesse, lui lance tendrement Brigitte sous le regard amusé et complice d’Alain dont les yeux passent alternativement de son journal au duo féminin.
Alain est troublé par l’image de « ses » deux femmes, une certaine sensualité dans les échanges et les postures teinte d’érotisme ce quotidien familial. On ne peut pas véritablement parler de compétition entre elles, mais plutôt d’une tendre rivalité qui se dessine entre « celle qui est » et « celle qui devient ». Il est tout simplement plaisant de voir d’aussi belles créatures au milieu de cette cuisine dans la lumière du matin, comme un instant volé à l’intimité des filles. C’est en tout cas ce que ressent Alain. Lui, si modestement heureux.
Il se surprend une nouvelle fois à dévorer sa femme du regard, sans aucune gêne vis-à-vis de Marine qui, le surprenant, retourne très discrètement dans sa chambre pour préparer ses affaires. Faussement inquiète, Brigitte s’adresse à Alain.
— J’espère qu’elle va réussir...
— Tu en doutes ?
— Pas vraiment, lui répond Brigitte avec un léger sourire mêlé de confiance et de fierté pour sa fille.
— Ta fille est presque aussi brillante que toi, lui rétorque Alain en la saisissant par les hanches.
Brigitte légèrement déstabilisée par ce geste empreint de virilité, se détache se donnant l’air d’une femme d’affaires respectable et inaccessible.
— Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute !
— Il est bien trop tôt pour avoir de l’esprit Madame, répond malicieusement Alain qui fait mine de n’être pas déçu et qui retourne à son journal avec détachement.
Brigitte pose alors avec tendresse sa main sur l’épaule d’Alain qui, sans la regarder, lui glisse presque froidement :
— Quelle frustration ce doit être pour tes salariés !
Toujours dans le jeu, cette remarque ne l’atteint pas, elle le regarde avec un léger sourire, sans répondre, comme pour laisser planer le doute.
Elle est bien trop amoureuse pour envisager une telle éventualité et Alain, sans en abuser, en a bien conscience. Il est bientôt l’heure. Marine est prête, c’est sa maman qui la dépose tous les matins. Le lycée n’est pas bien loin, mais c’est un rituel quasi quotidien auquel elles s’adonnent toutes deux avec plaisir.
Prendre l’ascenseur, refermer la porte du garage, monter dans cette voiture confortable au parfum de cuir, la vitre légèrement ouverte qui laisse la possibilité à Brigitte d’absorber ses premières vapeurs de tabac sans enfumer tout l’habitacle et profiter des huit minutes du trajet sur un fond de Ben Harper. Marine n’est jamais très bavarde avec sa maman. Elle a le regard fixé sur les panneaux publicitaires. Alain y apparaît, fraîchement photographié sur cette affiche qui annonce la sortie imminente de son futur roman.
Elle ressent une certaine satisfaction à imaginer tous ses amis qui doivent « blablater » en voyant son beau-père mis à l’honneur et placardé ainsi un peu partout, aux quatre coins des rues. Ce que ressent Brigitte est plus nuancé. Non qu’elle manque de fierté pour son mari, mais parce que le sujet de sa dernière création l’intrigue. En effet, il a été inspiré par un fait divers, celui d’une femme qui a été incarcérée jeune pour une affaire de drogue et qui se retrouve quinze ans plus tard, professeur pour des élèves en difficulté.
C’est tellement éloigné de leur univers. Tellement « pas l’esprit d’ici ». Elle n’est pas une femme superficielle, mais elle redoute les « qu’en-dira-t-on ».
— Bonne chance ma chérie !
— Ne t’inquiète pas maman.
— Tu te souviens, si tu as un doute, c’est souvent la première intuition qui est la bonne.
— Je sais, je sais.
— Et si c’est un homme qui te fait passer l’examen, n’hésite pas à lui faire du charme... ironise Brigitte ...et même si c’est une femme d’ailleurs, c’est à la mode maintenant.
— Tu n’as pas besoin d’essayer de me détendre maman, je suis à l’aise.
— Je sais ma chérie.
— Bonne journée maman !
— Courage.
Brigitte ressent une certaine nostalgie en voyant Marine disparaître dans l’enceinte du lycée ; nostalgie de son passé, mais également de voir grandir sa fille et de constater que l’enfance s’éloigne. Ce n’est plus sa petite, c’est déjà une femme qu’elle voit marcher de dos, très droite dans ce jean moulant qui à chaque pas fait basculer d’un côté à l’autre son bassin et met en valeur ses fesses. Ses cheveux sont détachés et tombent au milieu de son gilet noir, sa main droite porte très élégamment sa sacoche. Quelques garçons l’observent, mais elle passe
indifférente, sans même un regard en arrière pour sa mère. Non pas par manque d’affection pour elle, mais parce qu’elle se sent désormais indépendante. Elle ne veut plus de rapports trop enfantins avec sa mère, elle revendique le droit d’avoir sa propre vie et son propre univers dans lequel il y a de moins en moins de place pour sa maman.
Cela échappe bien évidemment à Brigitte, pour qui le temps est passé trop vite, mais qui accepte malgré tout de voir sa fille grandir et s’émanciper.
Que pourrait-on lui reprocher ? Elle est tellement brillante dans ses études et si épanouie par ailleurs. Ce serait un comportement égoïste que de vouloir garder sa fille à l’état d’enfant et il est bien sûr hors de question pour Brigitte de brimer cette naturelle évolution, même si c’est parfois douloureux.
Marine n’a pas de défaut majeur. Non pas parce que c’est sa propre fille comme pourrait le penser tout parent, mais parce que c’est la simple réalité. Son bulletin scolaire l’atteste, comme si cela suffisait à rassurer une maman. Bien qu’elle s’en défende, Brigitte aimerait parfois ressentir un peu plus de doutes envers sa fille. Elle souhaiterait parfois la voir un peu trébucher pour avoir des raisons d’être encore présente et reprendre ainsi un peu plus d’ascendant sur elle. Il est vrai que parfois l’assurance et l’aisance des uns peuvent déstabiliser les autres. Et c’est ce que dégage Marine, c’est ce qu’elle est ! Assurée et pleine d’aisance. Elle ne laisse jamais rien transparaître de ses émotions au grand désespoir de sa mère.
Brigitte aimerait pouvoir cerner plus de choses concernant Marine, ses doutes, son questionnement, ses peurs, ses premiers petits copains... Ces pensées traversent régulièrement et inconsciemment son esprit, elle qui garde habituellement le contrôle de sa vie se sent désormais fragilisée. C’est comme cette autre chose qui lui échappe tant et qu’elle ressent au sujet d’Alain. Bien qu’ils soient amoureux l’un de l’autre et qu’ils se le rendent bien, elle s’interroge. Ce n’est pas de la jalousie, mais un vrai questionnement.
Pourquoi a-t-il choisi cette femme pour son roman ?
Pourquoi cette dealeuse ?...
Pourquoi s’intéresser à cette créature qui, après son propre échec, se permet d’éduquer des enfants ?
Pourquoi choisir un personnage si éloigné d’elle ?
Pourquoi lui accorder un capital de générosité si fort ?
Pourtant on ne peut pas dire que Brigitte manque de générosité. Alain et elle font d’ailleurs don chaque année d’une part non négligeable de leurs revenus pour venir en aide aux pays en difficulté. Mais elle ne peut pas concevoir qu’Alain puisse s’intéresser à cette femme qui est, à ses yeux, un constat d’échec avant tout. En tout cas elle considère qu’il n’y a pas de quoi en faire un roman. Naturellement, elle n’est pas aussi radicale dans ses propos avec Alain, mais cette fois elle se montre quelque peu négative. Elle ressent sans doute une légère gêne, car elle sait à quel point les personnages décrits par son mari l’habitent, l’imprègnent et nourrissent ses récits. Quelque chose lui échappe, car le moins que l’on puisse dire c’est que cela ne ressemble pas du tout à ses précédents romans, y a-t-il quelque chose de personnel à décrypter dans cette histoire ?
Mais après tout, n’est-ce pas cela la vie ? Être sans cesse surprise par l’évolution des choses et des êtres, par l’esprit qui est en perpétuel mouvement et qui se construit ainsi ?
Elle n’a pas trop le temps pour rêvasser. C’est comme ça et il faut avancer. Elle a aussi ses occupations, ses responsabilités qui l’épanouissent au quotidien. Elle prend soudain conscience qu’il ne faudrait pas arriver en retard à son bureau, son travail prime avant tout.

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Commentaires

TOPSCHER Nelly
Nelly78114
25/04/2020
Un quotidien de couple presque parfait et ce doute qui s'insinue dans cette femme amoureuse. Pourquoi son homme a-t-il choisi ce personnage pour son roman? Pourquoi le signal d'alarme se met-il en route? Vraiment envie de connaitre la suite. J'accroche bien à la fluidité de la plume.
Langlois Sophie
Sophie L2
26/04/2020
Je ne sors pas trop emballée par cet extrait. Pour moi, il manque quelque chose, peut-être un peu plus de profondeur. Certains détails n'apportent pas grand chose comme par exemple : " La lampe de chevet éclaire doucement cette chambre spacieuse, décorée avec soin et avec goût. Un large lit moderne, mais sobre fait face à la baie vitrée donnant sur le jardin et les champs au loin. Une belle sculpture en bois représentant une vierge à l’enfant stylisée constitue l’élément phare de cette pièce aux teintes chaudes et apaisantes." Je n'arrive pas à mettre des images sur "décorée avec soin et avec goût", sur "teintes chaudes et apaisantes". Je ne suis pas emballée mais ça vient peut-être de moi.
rabiller delphine
Delphine 83
29/04/2020
cet extrait m'a accroché de suite....on a envie de savoir pourquoi d 'un seul coup cette femme qui à l 'air heureuse dans sa vie et autant dans son métier se pose ces questions ???? effectivement est ce que le contrôle de soi pour cette fois ci sera au rendez vous ???? une plume fluide , on est à la place de chacun des personnages quand on lit cet extrait. bravo
Community Manager
Bienvenue sur la plateforme ! Attention, rien n'est jamais acquis et les relations humaines sont très souvent compliquées, en famille, en amitié et en amour....
BLANC Séverine
Olympe
05/05/2020
Un portrait de famille parfait, des personnages qui semblent plein de bons sentiments....l'extrait est un peu mièvre et sans intérêt. Je n'accroche pas du tout.
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