pas vu, pas lu

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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

Même pas mal !

Auteur :

Stéphane Theri

Categories : Romans
Date de parution : 21/01/2021

Extrait
(8 avis)
Couverture
Même pas mal !

Extrait :

La case départ

- Merde ! Il flotte encore. Quel pays de merde Paris !

- Comment tu causes avec ta bouche ? Et puis d’abord, tu en as déjà connu un été sans flotte, toi ?

- Non !

- Bon alors, plutôt que de râler, si tu sortais ton parapluie. Gros naze !

- Je l’ai laissé dans la voiture.

- Super ! Ca devient une spécialité, change rien surtout.

Gros naze, c’était Guillaume, mon petit frère. Nous nous entendions plutôt bien et nous étions complémentaires sauf évidement en ce qui concernait l’intendance et tout particulièrement  la gestion des parapluies. Nous étions plantés comme deux courges à l’entrée de cet immeuble de type Haussmannien, c’est comme ça que l'on dit, non ? Oui, Monsieur ! Ca fait branché. Bon, vous avez compris, nous nous en tapions du style de l’immeuble. La préoccupation du moment, c’était l’état du ciel. Nous dressions ensemble la tête mais aussi le bilan de ce trop lourd et trop chargé ciel parisien qui avait décidé, une fois de plus, de nous tomber, sur la tête. Si, si, c’est possible, je l’ai lu dans Astérix et que l’on ne me dise pas le contraire, par Toutatis.  Nous venions juste de terminer un rendez-vous d’affaires. Nos mines illuminées en disaient bien plus long que n’importe quel discours sur notre auto-satisfaction. La victime ou plutôt la proie était l’un de mes gros clients à qui le petit frère allait, via mon bon conseil, refourguer des softs et du hard. Je ne vous donne pas le prix de tous les articles de la gamme, on a pas trop le temps et puis, de toute manière, il n’avait pu faire qu’une excellente affaire. Je le jure !  Du hard et du soft, c’est drôle, non ! N’allez surtout pas imaginer de vilaines choses ou des histoires de fesses, c’est comme cela qu’ils parlent tous dans l’informatique. Imaginez-vous plutôt autour d’une table, dans un restau chic. Vous balancez en guise de préambule à votre client et distributeur de matériel informatique :

- Depuis quelques mois, vous faites plus de hard que de soft, non ?

Et lui de vous répondre.

- J’ai fait beaucoup de hard mais, aujourd’hui, ça paie moins que le soft.

Je suis certain que les gens mangeant aux tables d’à côté penseraient immédiatement à des films de cul. Enfin, mon client était du genre un peu lourd et passé dix huit heures, j’avais accéléré le déroulement de l’entretien pour, au plus tard dix huit heures trente, le quitter et ne pas avoir à dîner avec lui. C’était un type plutôt sympa, pas très grand, un mètre soixante dix maxi, la cinquantaine un peu fatiguée, une brioche généreuse, des costumes gris clair à profusion, tous presque identiques et tous aussi moches les uns que les autres. Je pourrais d’ailleurs vous parler cinq minutes de sa collection de chemises et de sa non moins belle et impressionnante famille de cravates, ceci dit, je me foutais totalement de l’aspect des gens. Je trouvais que passer l’écorce de chaque individu et en percevoir le fond, était plus captivant que de mesurer comme certains, et à tous prix, l’épaisseur de son porte-monnaie. Je trouvais ça, en tous cas, beaucoup plus captivant. La seule chose qui me gênait chez lui, c’était sa façon de se tenir à table. Il mangeait comme un porc et claquait sa bouche comme personne. Au restaurant, en face de lui, vous aviez l’impression et à chacune de ses bouchées de suivre un cours d’anatomie. L’ouverture généreuse de sa mâchoire présentait, même à celui qui ne souhaitait pas la voir, une rampe de dents qui avait depuis longtemps quitté le jaunâtre pour s’enquérir d’un marron identique à une barre de Carambar. Au plus grand de son ouverture, il était possible d’y compter les plombages et autres prothèses de première génération. L’amalgame de ces pièces métalliques déchiquetait au grand jour et avec acharnement toute nourriture présentée. Imaginez un instant le claquement sonore très particulier qui s’échappait de sa bouche ou de sa gueule. Je ne sais d’ailleurs pas très bien lequel de ces termes est le plus approprié pour dépeindre sa façon de manger. Ensuite, pensez à la vision panoramique de cette nourriture maltraitée. Rajoutez au tout, un son dolby ou DTS et un écran 16/9ème et vous aurez alors une idée assez juste du spectacle auquel j’étais convié à chaque fois. Du coup, j’esquivais les heures délicates ou alors je m’arrangeais pour l’emmener dans un endroit bien plouc avec un troisième larron qui ne me servait que d’ouverture focale et donnait donc à mon champ visuel un angle plus large. Je n’avais d’ailleurs pas envisagé une seule seconde, offrir ce rôle à Guillaume même si cette visite servait ses intérêts.

- Tu rentres sur Courbevoie ou tu restes sur Paris ?

- Je rentre. J’ai des copains qui viennent dîner ce soir, et toi ?

- Il n’y a rien à voir au ciné,  je vais aller dépouiller le rayon DVD de Virgin et après, je vais me trouver une cantine pour manger un morceau. On se rappelle demain…. Dis, tu me le soignes ce compte,  c’est un type bien.

- T’inquiète pas, bonne bourre !

- On dit « ne t’inquiète pas » mais tu t’en fous !

- Oui, ciao !

Et le petit frère se lança sous la pluie. Je le regardais partir, satisfait. Il m’énervait un peu lorsqu’il causait mal la France et même si cela ne servait pas à grand chose, j’avais décidé, à chacun de ses dérapages verbaux, de lui en balancer une dans les gencives. Je dis ça mais, il m’arrive de faire de même, enfin. Je savais que cette journée allait lui rapporter un max et lui redonnerait du même coup la pêche. Il m’avait semblé un peu déprimé ces derniers temps. Ce n’était pas mes trois années de plus qui me donnaient un ascendant sur lui mais mon métier. J’étais conseil en stratégie d’entreprise et j’avais ma propre boîte. Cela faisait maintenant cinq ans. Du haut de mes trente huit ans, j’étais souvent l’objet des plus vives critiques de ceux que l’on appelle communément confrères ou amis concurrents. Ami, c’est pour rire, bien évidemment car plutôt que d’être bardé de diplômes, j’affichais un parcours professionnel atypique et une grande maîtrise de l’analyse qui conférait aux démarches marketing opérationnelles que je mettais en place pour mes clients, un taux d’efficacité aussi élevé que les critiques qu’ils se sentaient tous, emprunts de jalousie, obligés de faire. Bon, j’ai réussi à vous impressionner, non. Et bien tant mieux, parce que mon boulot, c’était avant tout, une source de liberté et de développement personnel. Avant de monter mon agence, j’avais travaillé pour de très grands groupes ou j’avais passé le clair de mon temps à jouer des coudes contre mes collègues plutôt que de me battre, avec eux, contre mes concurrents. Si j’aimais la compétition et le sport, ce type de rapports n’était pas pour moi et le genre de médailles que l’on y décrochait avait un éclat trop terne pour que mon esprit puisse y trouver un quelconque intérêt. Je ne croyais pas et ne voulais pas ressembler à tous ceux qui pensaient que l’on pouvait  grandir à diminuer les autres. J’étais donc fier et heureux d’avoir quitté toutes ces hiérarchies en râteau. Installées par toutes ces multinationales, véritables fruits avariés de la mondialisation et de la grande vague du big is beautiful, ces instances ne distribuaient, selon moi, que des seconds rôles à leurs cadres et inversement proportionnels aux niveaux de souffrances qu’elles leurs infligeaient et tout cela au nom d’un plan de carrière, d’avantages en nature, de salaires confortables ou encore de jetons de présence ou autres stock-options. Je n’avais plus ces marqueurs de réussite dans ma petite structure mais je disais  et faisais ce que je voulais quand je le voulais. Pour moi, c’était le plus important. Je gagnais assez d’argent pour bien vivre et ne recherchais pas la fortune. Par contre, il y avait des soirs comme celui là où je marchais sur le trottoir avec la sensation d’avoir donné le meilleur de moi-même à un client ou un partenaire, et j’étais fier de moi. Cette fierté était intérieure mais me comblait de bonheur. Mes affaires se résumaient ainsi. Les deux parties devaient être satisfaites de leur accord et avoir, toutes deux, la sensation qu’elles avaient fait une affaire ou signé le contrat du siècle. Finalement, La vision de mon job était simple. Pour l’heure, j’avais apporté au petit frère un chiffre d’affaire de vingt cinq millions de francs et donnais à mon client l’assurance que l’on ne se foutrait pas de lui. Chaque fois que cela était possible, je faisais travailler mes proches. Ce n’était pas toujours facile. De plus, nombreux étaient ceux qui me balançaient avec aplomb cette phrase culte «  Dans les affaires, il n’y a pas d’amis ». Ce sont toutes ces idées à la con qui faisaient que je me sentais très différent des autres. Je voulais donner à ma société, aussi petite fut-elle, un visage humain et tirer de chacun de mes contrats des leçons ou de l’apprentissage sur l’aventure humaine. Ce soir là, le ciel rendait hommage à Baudelaire et nous jouait en avant saison,  son chant d’automne. Comme le ciel bas et lourd posait sur l’horizon son lourd (acheter le livre pour avoir la suite), hum ! Il ne me restait plus qu’à recevoir sur la tête une partie du ciel et la quantité de pluie qui m’était donc destinée, de cette porte, jusqu’à l’immense portail de Virgin. Pour notre rendez-vous, j’étais équipé de mes pompes d’apparat au cuir presque outrancier. Elles étaient assorties pour l’occasion à mon costume bleu marine, produit émanant de la famille des grands couturiers guettés, connus et surtout reconnus par mes confrères et certains de mes gros clients. J’hésita quelques minutes avant de me lancer sous cette pluie battante. Mais, la journée était finie et malgré ma lucidité sur la haute distinction  que me conférait tout ce luxe de circonstance, auquel s’ajoutait encore une cravate à l’illustre signature et un superbe et classieux attaché-case, je pris la décision d’oublier ma panoplie de consultant en bonne santé financière. Tous ces marqueurs  ne me ressemblaient pas et représentaient juste un carton d’entrée indispensable à la capture d’une certaine clientèle tout comme d’ailleurs l’adresse prestigieuse qui abritait le siège de mon agence. En fait, après tout ce cirque, j’avais plutôt envie, en me traînant sous cette pluie battante, de me laver de toutes ces singeries. Ma nature, à cette époque reprenait toujours l’ascendant sur ces obligations de mise. J’avais toujours eu du mal à faire allégeance à ce genre de valeurs. Mon pain, largement gagné,  m’autorisait pour l’heure à, de nouveau, être moi-même et à revenir sur l’essentiel, mes rêves. Assez de singe et de singeries, cette pluie m’attirait tout autant que l’odeur du bitume mouillé. De plus, une petite course de cinq minutes, après ces trois heures de négociation, n’allait pas me tuer. Et si par malheur, je tombais, gare à celui ou celle qui n’en profiterait pas pour se payer, à ma santé, une bonne tranche de rigolade.

J’ai toujours adoré l’odeur du bitume mouillé et les milliers de petits ronds que forment ces averses d’été lorsque l’eau vient avec violence heurter le trottoir. Tout semble devenir brutalement si différent. Je suis peut-être dingue mais j’aime l’orage et les couleurs qu’il réinvente à chaque éclair. Et puis, quand il pleut l’été, l’écho de tous les bruits change comme par enchantement et la distance entre chacun ne semble plus être la même. Je me lâchais donc sous cette pluie, le sourire aux lèvres.  De toute façon, j’étais à peine à cinquante mètres du rond point des Champs Elysée. Je n’en avais pas pour plus de deux minutes à rejoindre Virgin. Un, deux, go ! Le mois de juin s’annonçait prometteur et le cœur aussi léger que Gene Kelly, mais sans parapluie, j’étais prêt, moi aussi, à chanter sous la pluie.

Tandis que le tonnerre grondait une nouvelle fois et sans que nous sachions pourquoi, tous ceux qui, comme moi, osaient braver la colère des dieux, je redescendis les champs Elysée une heure plus tard, un sac gavé de DVD au bout de mon bras droit, avec la ferme conviction que les méga stores étaient des lieux de perdition pour des gens comme moi. Le torrent de pluie qui s’abattait sur nous et en particulier sur moi, n’entamait en rien mon enthousiasme. Ce mois de juin ressemblerait aux mois de juin des deux années précédentes et nous verserait sur la tête son pesant de flotte, que cela nous plaise ou non. Je m’en foutais royalement. J’avais trouvé chez Virgin de petites merveilles comme « Un été 42 » de Robert Mulligan, « L’homme tranquille » de John Ford, « La vie est belle » et « M. Smith au sénat » de Franck Capra, « La canonnière du Yang-Tsé » de Robert Wise, « Bullitt » de Peter Yates et « l’affaire Thomas Crown » de Norman Jewison, avec tous deux,  Steve McQueen. Le cinéma était toute ma vie, j’adorais Steve McQueen et j’avais hâte de revoir, bien écrasé dans mon canapé et pour la énième fois, ces films d’anthologie qui coloriaient ma vie et me donnaient depuis  déjà fort longtemps des rêves de gloire et de liberté. 

Bon, tout cela ne me disait pas ce que j’allais manger et ou j’allais pouvoir me sécher un peu. Je me souviens avec précision de cet instant banal et pourtant incroyable ou, planté devant cette porte, j’en suis encore certain à ce jour, je n’avais même pas eu le temps de me poser la sempiternelle question « Et là, qu’est-ce qu’on mange ? »  ou même de regarder le menu que la porte s’ouvrît. J’étais à des années lumières de penser que derrière elle, allait se jouer une partition de ma destiné. Moins de cinq secondes avait suffit pour qu’elle s’ouvre devant moi. Cette société de consommation va de plus en plus vite. Un jour, tu décrocheras ton téléphone pour réserver une table, ils te balanceront l’addition avant même que tu aies raccroché et que tu te sois déplacé. Quelle époque ! C’est vrai que l’on devient tous tarés. Si Shakespeare était encore de ce monde, il changerait certainement sa grande et légendaire tirade « être ou ne pas être » par « consommer ou ne pas consommer », là serait peut-être la question. William, pardon !

- Bonsoir, ne restez pas dehors, entrez vite !

La demoiselle qui me balança, sans le savoir, dans cette aventure de vie, était plutôt mignonne. Je décidais, avec la plus grande des innocences, de laisser derrière moi, la porte et  la colère des dieux. Peut-être que manipulée, elle aussi, par les dieux , elle ferma derrière moi, en toute innocence et de façon définitive, la porte au passé de vie qui m’avait mené jusque là ! A des années lumière de penser que les dieux du ciel avait par diversion verser sur tout mon corps le torrent nécessaire à mon entrée dans ces lieux, j’étais mûr pour me laisser faire et consommer et, sans le savoir, jouer le rôle qu’ils m’avaient destiné. A peine entré, une deuxième jeune femme, tout aussi jolie, s’approcha de moi.

- Bonsoir, vous avez réservé ?

- Non, mais j’ai faim et soif. Je mangerai tout ce que l’on me donnera et proprement, promis, juré !

La jeune fille esquissa un timide sourire. Son regard ne pouvait cacher ce qu’elle pensait. Mon costume ressemblait à une éponge ayant dépassé depuis fort longtemps son seuil  de compétence. Quant à ma cravate aussi illustre que fût sa signature, elle avait autant de maintient qu’un spaghetti qui aurait raté le al dente et donc son entrée dans ce restaurant.

- Je vais voir si je peux vous trouver une petite place au bar.

Mon costume laissait s’échapper l’eau de pluie comme  une rivière sort de son lit. J’étais debout au milieu de gens que je ne connaissais pas et dans ce mélange de fumée et de brouhahas, je la regarda descendre cet escalier que ses jambes semblaient connaître par cœur. Elle disparut très vite et une petite brune vêtue de la même robe monta avec le même enthousiasme et certainement pour la énième fois ce putain d’escalier. Elle me sourit. Sa robe noire, très courte, ne couvrait pas totalement ses cuisses et moulait ses hanches rondes. Les deux petites bretelles qui la soutenaient à hauteur des épaules livraient son dos nu aux regards des hommes mais aussi aux courant d’air. Elle avait la peau légèrement mate et les épaules bien dessinées. D’un geste précis et sans s’arrêter, elle ferma avec grâce la porte d’entrée et demanda au couple très bon chic bon genre qui se trouvait à ma gauche de bien vouloir la suivre. Et, elle redescendît ce putain d’escalier. Sa collègue remonta à son tour. Ce ballet me donnait presque le vertige.

- Venez, je vais vous installer au bar, ça ne vous dérange pas ?

- Non, non, allons-y !

Et voilà comment mon tour arriva. Moi aussi, je descendis ce putain d’escalier…

- Ici, vous serez bien, bonne soirée !

Après m’avoir très gracieusement posé au bar, elle se lança, jusqu’à disparaître, au milieu de tous ces gens agglutinés  les uns aux autres. Quant à moi, j’étais à l’angle du bar. Derrière moi le mur et face à moi, toute la salle. La clientèle était plutôt prout mais la déco donnait un air douillet à tout cela. Livres, bibelots et tableaux imitaient assez justement la décoration d’un appartement. Deux barmans, une tripotée de bouteilles devant eux, entamaient une kyrielle de gestes zélés qui donnaient à quelques individus en mal de reconnaissance l’illusion qu’à cet instant précis, ils étaient des gens importants. En face de moi, de l’autre coté du bar, un petit blond, une mèche de cheveux lui tombant sur le visage, une dentition de cheval en pleine exhibition, me rappelait Fernandel dans François 1er. Il était accompagné de deux pétasses, l’une blonde, l’autre rousse, qui lui renvoyaient avec une aisance, une régularité et une synchronisation sans pareil, l’écho de ses rires imbéciles. A leur droite, deux hommes d’affaires jouaient les divas devant une boîte de cigares que leur tendait avec beaucoup de sérieux, un troisième barman. Après s’être échangé leurs regards réciproques devant deux ou trois spécimens différents, ils se décidèrent enfin à prendre deux des plus gros perturbateurs environnementaux que la boîte recelait. Je souhaita, dans le plus épais des silences, bonne chance à tous leurs voisins. En revenant sur la partie gauche du bar, on décrochait le pompon. Monsieur avait bien soixante ans et madame ou plutôt mademoiselle n’avait pas dû encore fêter son vingt cinquième printemps. Elle avait tout de la jolie colombe en mal de pureté. Lui, avait autant de classe et de retenue qu’un vieil éléphant de mer en période de rut. Il s’agrippait, après les avoir naturellement identifiés, à ses derniers râles, devant celle qui subirait l’une de ses ultimes et sûrement piètres prestations.  Elle savait y faire, la garce. Je ne sais pas comment cela se passe aux îles Galápagos mais j’étais certain que grand-père allait devoir casquer un max s’il voulait aller jusqu’au dessert avec mademoiselle. Je ne savais pas que les éléphants de mer buvaient du whisky. C’était peut-être qu’aux Galápagos, il n’y avait pas de bar comme celui là.

Dans ce petit théâtre douillet, le paraître et l’illusion semblaient être de mise. Plus proche de moi, très certainement partagé entre Max la menace et Tom Cruise dans le très mauvais remake de mission impossible, un jeune cadre, pas dynamique du tout, exhibait à tous, mais tout particulièrement à son compagnon de bar, tout aussi dynamique et, avec puérilité mais non sans suffisance, le dernier-né de la gamme de téléphone portable de Sony. Il en avait rêvé, Sony l’avait fait et nous nous devions, sans doute, de partager son rêve. Son acolyte ne resta pas longtemps sans réaction. Après avoir, à toute allure, posé son verre sur le bar et fouillé dans la poche intérieure de sa veste, vert espérance, ils en avaient besoin tous les deux, il nous présenta en avant première et pour la plus grande tristesse de son collègue, le dernier-né des agendas électroniques de Compaq. Si le bar avait eu encore suffisamment d’espace pour accueillir un troisième larron, c’eut été Pierre Bellemard qui nous aurait donné pour l’heure le prix de ces magnifiques objets. Se faufilant parmi ces personnages, à mes yeux, pittoresques, la petite brune de tout à l’heure s’approcha de moi et me tendit une serviette.

- Tenez, vous êtes trempé, essuyez-vous le visage.

- Euh, merci beaucoup !

Je passais la serviette sur mon visage et dans mes cheveux pour stopper, avant qu’elles ne mouillent davantage mon costume, les dernières gouttes d’eau. Elle se tenait à coté de moi. Son regard était doux et réconfortant.

- C’est la première fois que vous venez ?

- Oui.

En fait, j’étais passé plusieurs fois devant ce restaurant et à chaque fois, une impression bizarre me saisissait sans trop savoir ce que c’était. J’avais une sorte d’appréhension à entrer et je ne rentrais pas. Certaines de mes compagnes m’avaient d’ailleurs interrogé à ce sujet et je n’avais à l’époque pas su quoi leur répondre. Après m’être bien essuyé la nuque, je lui tendis la serviette qu’elle semblait attendre avec bienséance. D’un geste délicat, elle  saisit la serviette, dégagea son pied du tabouret et me balança un sourire qui redonnait à l’ambiance générale une touche d’authenticité.

- Je dois y aller, je repasserai vous voir tout à l’heure !

Et, avec beaucoup d’aisance, elle se faufila à nouveau à travers cette masse anonyme, compacte et indifférente que formaient les clients autour du bar. A coté de moi, sur ma droite, témoin de cette scène, coincé dans sa cravate sortie toute droite d’un des épisodes les plus ringards de Starsky et Hutch, un grand con intervint comme concerné par ce qu’il venait de voir et me balança en préambule et en pleine figure son sourire débile qui invitait dès ses premiers mots à prendre la mesure de sa médiocrité morale.

- Elle s’appelle Sonia, elle est bonne, hein !

Aïe ! Aïe ! Aïe ! J’hallucinais. J’étais juste rentré pour manger et me sécher, je n’avais pas envisagé de donner dans le social. Cette lueur de bêtise dans son œil droit m’indiqua très vite que le gauche ne me rassurerait pas sur lui. Et le pire, c’est qu’il attendait une réponse ce con là. Elle ne se fît pas attendre.

- Elle est bonne en quoi ?

- Bien, elle est bonne à …

Avant qu’il ne termine, je me mis très vite à son niveau.

- Ha, oui, excusez-moi, je n’avais pas compris.

Bon le plus dur était fait. Mon plan était simple. J’acceptais quelques minutes sa connerie et je regardais jusqu’où elle pouvait nous emmener. Le problème, c’était qu’avec la couche qu’il semblait tenir ce tâchon de la mort, elle promettait d’être longue cette putain de soirée. Je décidais donc pour accélérer le processus de briser les barrières de l’inconnu.

- Je peux vous demander quelque chose ?

- Oui, allez-y !

- Moi, c’est Fred et vous ?

- En fait, je m’appelle Frédéric mais exception faite de ma mère, tout le monde m’appelait Fred.

- Jean-Philippe !

- Jean-Philippe, vous…Oh, et puis zut ! Je te dis tu, ok ?

- Ok !

- Jean-Philippe, que fais-tu dans la vie ?

- Je vends des biscottes pour…

- Non, non, arrête-toi, je ne veux pas connaître la marque. Et c’est difficile le marché de la biscotte ?

Cette conversation commençait très fort. Je sentis presque immédiatement le niveau culturel de cette croustillante discussion. Elle allait, je le sentais, nous mener vraisemblablement sur des terres qui m’étaient jusqu’à ce jour, totalement inconnues. J’allais me cultiver. En tous cas,  cette  amorce me le promettait.

- Tu sais, on bosse surtout avec les grandes surfaces alors…

On dit, « Nous bossons », andouille.

- Alors, c’est la galère. Tu es marié ?

- Oui, j’ai deux gamins, et toi ?

- Moi non, je suis célibataire.

- Tu as de la chance.

Ca y est, c’était reparti. Voilà que j’avais de nouveau de la chance.

- Pourquoi tu dis ça, tu te fais chier avec ta femme ?

- Non, ce n’est pas ça.

- C’est quoi alors ?

Le plus gradé des barmans, le chef incontesté des lieux, vint enfin vers moi et  même s’il avait mis un certain temps à venir jusqu’à mon palais, il s’adressa à moi avec un ton obséquieux comme si j’étais le descendant direct du plus grand des monarques.

- Bonsoir Monsieur, qu’est ce qui vous ferait plaisir ?

- Tout de suite, je ne peux vous le dire, mais servez-moi donc un gin tonic en attendant, s’il vous plaît.

- Bon, Jean-Philippe, attend, t’aime trop les femmes pour en avoir qu’une ?

- Bien, j’aime trop les tirer les salopes.

Je l’avais dit. Je pouvais aller jusqu’à supporter beaucoup de choses ce soir, mais là, nous dégringolions trop vite. Il me fit soudainement éprouver du dégoût. Ces propos m’écartaient de lui à la vitesse de la lumière.  J’envisageai même de le balancer, de l’écarter immédiatement de moi, de le sortir de mon espace où il ne pouvait visiblement que s’être perdu. Finalement, la curiosité prit le pas sur mon aversion. Je crois que je voulais savoir ce qui guidait une vue aussi courte et aussi prosaïque de la femme.

- Jean-Machin là, quand tu dis les salopes, tu parles aussi de ta femme ?

_ Non, elle, c’est pas pareil. Je fais ma vie avec elle.

On dit « ce n’est pas », abruti !

- Attends J.P…

J.P, je trouvais que ça lui allait bien, c’était réducteur. Je pris  sans hésitation la décision de  le laisser développer sa thèse. Une gorgée de gin et je suis à toi Don Juan Philippé de la Biscotta !

… Qu’appelles-tu faire sa vie ?

- Bien, les gosses, la famille, tout ça quoi !

Je me devais d’en savoir davantage. Je pris donc également la décision  de me lancer  et de lui  balancer la réplique qui tue, celle qui allait me permettre de savoir et plus, de donner à cette conversation anodine un sens historique et social. Je ne savais pas encore pour qui mais ça venait, je le sentais. Nous allions donner dans le grandiose.

- Et l’amour J.P, l’amour ?

- L’amour, c’est des conneries !

On dit, « c’est une », abruti.

- Mais alors, ta femme, tu ne l’aimes pas.

- Non, mais elle ne me fait pas chier comme les autres…Tu vois, ce soir, par exemple, elle croit que je suis avec un gros client et je suis là.

Il était malin l’animal, quel fin stratège et original, original. A cet instant, plusieurs solutions s’offrirent à moi.  Je pouvais tout de suite le casser en deux, lui dire avec la plus grande des délicatesses que sa femme n’était peut-être pas chez lui ce soir ou alors, pas seule, qu’elle était peut-être avec un type comme moi. Je pouvais aussi lui dire qu’elle était peut-être en train de s’envoyer en l’air pour oublier, comme lui, ce pacte médiocre que signent comme eux des millions d’hommes et de femmes sur terre pour ce que l’on appelle trop facilement et trop communément la raison. Non, j’allais plutôt lui dire qu’il était innocent, que c’est cette putain de société qui avait décidé de tout, il y a déjà des lustres, que tout ce cirque remontait aux temps ou ces attardés d’hommes d’église et de loi infligeaient, à tous, l’immensité des effets pervers de leur petitesse de cœur et d’esprit. Je pouvais  aussi lui dire que sa femme l’aimait d’un amour si pur et d’une innocence si grande que ses duperies minables faisaient de lui, l’être le plus misérable que la Terre puisse porter. Je pouvais, pour appuyer ma thèse rajouter que je connaissais bien le sujet pour m’être vautré des années entières dedans, avec, comme lui, la plus grande des complaisances et une autosatisfaction sans limite. J’en profite pour faire un petit salut à P. Bruel, on est rarement que dégueu mais trop souvent dégueulasse. Pour s’en rendre compte, il ne faut pas se regarder dans le miroir en biais mais de face. Ensuite, bien cadré, il ne faut pas se regarder mais se voir. C’est hélas là que notre drame commence. En effet, pour des milliers d’hommes et de femmes, que dis-je, pour des millions d’abrutis, c’est malheureusement la même chose. Tout ça ne me donnait pas l’épilogue de cette déjà trop longue conversation avec notre crève-cœur. Bon, je ne lui dirais rien.  Il avait la quarantaine passée notre tâchon. Je pensais qu’il était certainement trop tard. Bien sûr, j’aurais pu lui dire qu’on avait été, sans le savoir, membre du même club. Le club de ceux qui tiraient les salopes. Mais au fait, les dites salopes, elles tiraient quoi, elles ? Là, il y a deux écoles mais rassurez-vous aucune n’est subventionnée, ça nous évitera bien des polémiques. La première, tout à fait au hasard, et parce qu’il faut bien commencer par quelque chose : les salopes en question sont comme nous à la dérive et cherchent, pour jouer un sale tour à la solitude quotidienne, un peu de chaleur humaine. Le piège se tend alors très vite sur la salope et sur le salop, on peut l’écrire aussi salaud. Tous deux se grimpent dessus, l’ordre importe peu, et se séparent une fois leur instinct primaire servi, sans immédiatement s’interroger sur la quantité d’amour et de sentiments que peuvent contenir quelques centimètres cubes de sperme et de sécrétion vaginale. C’est après, généralement lorsque l’on rencontre l’être cher et que l’on souhaite, après des semaines d’attente, de doute, d’échanges imprécis et de gestes maladroits et ce, du fond du cœur, lui offrir en ultime cadeau, le trésor que notre corps représente, que le passé nous rattrape. Parce qu’un présent offert à tous ne vaut pas très cher. Du coup, votre passé ne vaut guère plus. Et là, ce sont quelques centimètres cubes de misère qui coulent comme les souvenirs d’un temps d’infortune. Bon, pour la deuxième école, vous attendrez un peu, mon tâchon s’impatientait. Il me fallait à présent conclure, lui donner l’absolution. Regardez comme ce fût facile !

- De toute façon, J.P, tu mets des préservatifs.

Pas toujours, j’ai du mal à m’y faire et des fois, ça m’empêche de bander.

- Et le sida, J.P, le sida et toutes les autres cochonneries que tu peux attraper avec des inconnues, ça ne te fait pas flipper ?

- Un peu, mais …

Je rêvais ou j’avais en face de moi, le dernier des abrutis. Il avait  réussi à me foutre hors de moi ce bouffon. Ces gens là ne devraient pas sortir sans leurs clochettes, qu’on les reconnaisse. Quel connard !

- Mais quoi, t’es un gros bœuf ! Tu trempes ta nouille dans le premier cul qui passe sans  te protéger et tu vas sans scrupule, aucun, la tremper dans le cul de ta femme. Nous allons passer un deal, toi et moi, d’accord ! Quand tu me gonfles, tu dégages. Et bien, ça y est, tu me gaves avec tes couillonnades, oublie-moi, fais comme si je n’étais pas là, dégage !

- Vous me…

- Ta gueule Don-Juan !

- Vous êtes..

- Ta gueule !

Ca me faisait mal au cœur, on était déjà plus copain. C’est fou ce que l’amitié est devenue fragile de nos jours. Mais Gandhi avait raison. Dans le magnifique et pas assez connu livre, le pèlerinage aux sources, Lanza Del Vasto contait sa rencontre avec le Mahatma et me faisait partager du même coup cette phrase sur laquelle, je pense ne pas avoir encore assez médité : « L’attachement aux autres empêche de grandir ». Je devais, tenant compte de cette phrase du vieux sage, prendre sur moi et accepter de ne plus revoir DJP. Cette rupture brutale ne pouvait, en effet, en rien affecter ou encore stopper le parcours de ma destinée. Elle s’y inscrivait, comme son passage en météorite, mais c’était là son seul rôle. Il ne lui avait pourtant pas fallu plus de quinze minutes pour se livrer à moi comme on ne se livre pas à son psy. J’avais failli  tout savoir, le beau comme le moche. Et puis ce décalage comportemental eut finalement raison de notre trop jeune et trop fébrile lien. DJP avait fait une sortie fulgurante de la constellation que formaient mes amis et je me devais, à l’échelle de l’univers, souligner que son entrée dans mon orbite n’était que le résultat de l’incertitude éternelle avec laquelle les étoiles traversaient notre ciel à tous. J’avais juste souffert qu’il ait, dans un moment d’égarement, cru bon de me balancer à nouveau du vous. Non, Don-Juan Philippé de la Biscotta, le vous n’était pas une idée lumineuse. Il quitta donc mes cieux presque aussitôt, sans rien me dire. J’étais sincèrement désolé, vraiment ! Je n’avais même pas eu le temps de lui dire que je haïssais ce qu’il représentait parce que, préservatif en sus, je l’avais été avant lui. Il ne m’avait même pas laissé le temps de lui avouer combien je regrettais toutes ces compromissions faciles et dégradantes. Je pris la décision immédiate de boire un  autre verre pour noyer la perte de mon nouvel ami. Pour être plus sérieux, l’amitié était une chose très importante dans ma vie et mes amis représentaient ma première richesse. J’étais assez d’accord avec le dicton «  si tu perds un ami, c’est que ce n’était pas un ami. » Très tôt, j’avais donné un sens précis et profond à l’amitié que je n’offrais qu’à ceux qui réussissaient à ouvrir et pénétrer mon cœur et à qui j’espérais renvoyer des sentiments tout aussi profonds. La vie m’avait, très tôt, donné un ami hors normes. Sa disparition, mêlée à tous ses apports, qui sont depuis des parcelles de ma personnalité, m’avait fait réfléchir. Il m’arrivait d’ailleurs très souvent de penser à lui et d’être, même entouré de gens que j’aimais, secoué par de violents sanglots. Le simple fait de prononcer le mot amitié m’avait rappelé ce soir là, toujours avec autant d’émotions, mon ami Cédric et ce jour de vie pas comme les autres.

Cédric, mon ami ! 

- Ou court-il comme cela ?

- Je n’en sais rien Madame.

- Attends-nous Cédric, attends-nous !

Sa maman pouvait toujours crier. Il ne s'arrêterait qu’en tombant. J’étais certain d’ailleurs  que c’est ce qu’il cherchait. A présent, il descendait si vite qu’il ne pouvait y avoir un autre épilogue à sa course. Ces foutus escaliers formaient notre terrain de jeu de tous les jours. Il y avait quarante huit marches réparties en six groupes de huit et séparés de cinq paliers, chacun long d’une dizaine de mètres. Des deux cotés, séparés d’environs dix mètres, deux rebords bruts de béton se dressaient depuis la première jusqu’à la dernière marche. Hauts et larges d’une cinquantaine de centimètres, Ils avaient tous deux pour escorte une rangée de jeunes tilleuls qui offraient, les beaux jours venus, une ombre rafraîchissante recherchée par tous. Ces marches nous conduisaient, en les montant, vers la porte principale du Lycée, en les descendant, vers les deux camionnettes à bonbons, crêpes et sandwich, notre QG. Nous avons descendu, Cédric et moi, leurs deux putains de rebords à toutes jambes, plus de cent fois. Un de chaque coté, nous nous lancions en riant de voir le regard médusé des autres élèves qui, se dégageant devant nos cris, attendaient toujours avec le même effroi que l’un d’entre nous chute. Nous aurions dû cent fois tomber mais jamais cela n’était arrivé. Nous étions sûrs de nous ou alors les dieux étaient avec nous. Enfin, tous ces autres jours.

- Oh, mon Dieu, Cédric !

- Merde !

Cédric venait de s’écraser de tout son poids. Sa tête avait heurté le sol avec une telle violence qu’à peine relevé, le sang ruisselait sur son visage. Les quelques élèves assis sur l’autre bord regardaient la scène sans pouvoir en comprendre le sens. Nous n’avons même pas eu, sa maman et moi, le temps de nous approcher de lui qu’il s’éloignait déjà de nous. Ni nos cris, ni ses blessures ne l’empêchèrent de fuir. Je n’avais jamais envisagé de vivre un jour des heures aussi pénibles que celles qui venaient de s’écouler. Le lycée pour moi et beaucoup d’autres élèves de ma classe était avant tout un terrain de jeux et d’échanges. Cédric en faisait partie intégrante et une journée sans lui n’était pas une journée comme les autres. Je ne sais pas ce qui arrive aux adultes mais de temps en temps ils déconnent tous plein tube et je ne comprends pas trop pourquoi. Leur rôle, leur putain de rôle de protecteur, d’accompagnateur, de conseil, qu’en avaient-ils tous fait ? Ou l’avaient-ils tous caché ?

Ce jour là, le conseil de discipline venait de se terminer. Comme si cela n’était pas suffisant, comme si l’affront que Cédric venait de faire à sa mère n’était pas assez grand, le proviseur jugea bon de rajouter des mots qui aujourd’hui encore tapent dans ma tête à me rendre fou de rage.

"Cédric est immature et n’a rien à faire dans ce lycée sinon que de continuer de perturber les élèves qui veulent travailler !"

Cette phrase portait toute la symbolique de ce spectacle pitoyable auquel nous venions de donner, chacun à notre façon, notre contribution. Pour le proviseur qui connaissait de Cédric aussi peu de chose que sur les trois mille autres élèves de notre lycée, Cédric était immature et sa mère devait en endosser la responsabilité, là, dans cette pièce de conseil sans âme et nue de toute chaleur. Pas un rideau aux fenêtres, pas un tableau ou un objet capable de donner un semblant de vie à ces murs au gris passé par de longues années qui semblaient, comme un fait exprès, appeler tout le monde à la rigueur et la dureté. La maman de Cédric se tenait debout, humble et l’air coupable, face à ce proviseur sans pitié. Elle devait juste se taire et encaisser, devant tous ces gens qu’elle ne connaissait pas et qui, avec leurs grandes phrases, leur certitude d’avoir raison et leurs beaux vêtements l’amenaient une fois encore à penser qu’elle n’était pas grand chose. La gentillesse de notre professeur principal et d’une amie professeur de gymnastique ne pouvait balayer ce sentiment de dégoût que Cédric avait pour l’heure à l’égard de ce lycée. Lycée, qui d’après le proviseur, était trop propre pour des élèves de son genre. Et moi,  trop timidement délégué de classe, je ne me sentais pas à la hauteur de la peine que les yeux de mon ami laissaient échapper. Je crois même que le proviseur se trompait dans le choix de ses mots. Je remplaçais aisément genre par classe et cette médiocrité de pensée me donnait envie de tous les frapper, de les blesser comme ils avaient blessé mon ami Cédric mais avec des gestes moins hypocrites que leurs paroles imbéciles. Le pire et le plus dur à supporter, c’est que la maman de Cédric se sentait redevable vis à vis de nous tous. Elle ne pût s’empêcher de me dire, alors que je les accompagnais jusqu’à l’arrêt de bus, que nous étions tous bien gentils de nous occuper de lui. Elle acceptait le verdict. Son fils était coupable. Oui, je crois que Cédric était coupable de ce qu’il venait d’infliger à sa mère. Mais vis à vis d’eux, il ne se sentait que plus vivant. Il s’était battu pour venir étudier dans ce lycée. Il avait choisi trois heures de transport aller retour pour échapper au lycée trop mal fréquenté du quartier dans lequel il vivait. Il voulait juste changer sa destiné et avait choisi notre lycée qui symbolisait, à ses yeux, une réelle chance de s’en sortir et de se construire des bases de vie plus solides. Cet accident sans gravité, cette dispute justifiée avec notre professeur de gym qui, pour rejoindre plus rapidement sa copine, écourtait d’une demi-heure nos deux heures hebdomadaires d’éducation physique m’avait montré la fragilité de l’accueil que ce lycée réservait à des gens comme Cédric. Il était renvoyé à la vie active. Enfin, c’est ce qui avait été inscrit sur le compte rendu du conseil de discipline. En fait, on le renvoyait à sa misère. Celui qui était, de l’avis de tous les élèves de la classe et du très humain professeur principal, le meilleur élève en comptabilité mais aussi en mathématiques et qui devait être aussi, tous les jours de l’année, le plus mal habillé des trois mille élèves de ce lycée, venait de dénoncer une vérité qui gênait tout le monde et devait pour cette arrogance disparaître. Le proviseur avait parlé :

- On ne se bat pas avec ses professeurs, c’est totalement immature.

Immature, le mot sonnait cossu, trop sérieux, un peu comme le proviseur qui n’était que cossue, c’est à dire, bien habillée et empreinte de phrases riches en vocabulaire mais hélas dénuées de toute humanité, pire encore, d’intelligence. Petite, très sèche, elle devait, toute mouillée, afficher sur la balance un petit quarante deux kilos. Ce petit morceau de viande froide enrobait chaque jour son mètre cinquante d’un tailleur Chanel qu’elle arborait, nous en étions persuadés, Cédric et moi, comme le cordon ombilical qui l’unissait à la petite bourgeoisie banlieusarde qu’elle représentait et défendait de toute sa fonction et surtout de sa bêtise. Les cheveux et les yeux très noir, elle ressemblait à un corbeau. Elle avait posé de sa froideur et sur la salle entière un mauvais présage. Comment fît-elle pour ne pas comprendre qu’il faut, devant une personne que la vie n’avait déjà pas gâtée, se taire pour ne pas la blesser davantage ? Comment fît-elle pour ne pas voir la pauvreté dans laquelle ils se trouvaient, leurs vêtements trop portés, leur humilité devant nous tous ? Toute leur misère était visible et me remplissait de honte. Je n’avais que dix sept ans, j’étais en première et avec mon double statut d’adolescent et de délégué de classe, je n’avais que pour seul droit, celui de me taire. Pourtant, j’avais une certitude qui me permit sans doute de supporter tout cela. Cédric serait un jour plus grand et surtout plus noble que nous tous. Son cœur l’était déjà et ses yeux avaient à son âge tant de fois vu la souffrance qu’ils pleuraient des larmes que les nôtres trop bien protégés ne pouvaient voir. Ma certitude était hélas remplie d’innocence et n’a rien empêché. Cédric nous a quittés et je regrette ma lâcheté. Il n’a pas supporté ce conseil de discipline aux allures de procès. Il a préféré partir sans se battre, certainement fatigué par sa trop grande lucidité et cette immense faculté qu’il avait à ressentir les choses. Ses amis, ses proches et moi-même n’avons pu deviner à quel point son mal de vivre l’avait éloigné chaque jour un peu plus de nous tous. Cette nouvelle et pénible épreuve infligée à sa mère, notre aisance à le juger et à le diminuer sans essayer de comprendre ses différences l’ont tué. Il n’a pas eu sa chance, celle dont il me parlait toujours et c’est de notre faute à tous. Oui, j’aurais dû leur crier aux oreilles que ce pas comme les autres lisait et comprenait Baudelaire plus intensément que le plus calé des professeurs de français qui ont croisé ma route. Oui, j’aurai dû leur dire que toutes nos vies réunies et toute notre instruction ne nous avaient pas apprît à ce jour ce que Cédric portait en lui et qu’il partageait avec déjà beaucoup de sagesse. Nous l’avons tué ou pire encore, nous l’avons, de toute notre ignorance, invité à se tuer. Et moi, son meilleur ami, son confident, comment ai-je pu rester dans ce costume de délégué de classe trop étriqué, trop court et démuni de sens. J’aurais dû me battre à tes cotés, comme je regrette mon silence ! Comme les longs couloirs du lycée m’ont paru vides après toi ! Comme le trajet de bus du lycée à la gare du R.E.R m’a paru long et triste sans toi ! Tu me manques toujours autant. Oui, je donnerais tout ce que j’ai pour que tu sois encore parmi nous. Tes mots et nos échanges sont présents dans ma mémoire comme si c’était hier, comme si toi, Cédric, tu me guidais chaque jour dans...

- Monsieur, s’il vous plaît….

La vie est belle

- Monsieur, s’il vous plaît !

- Oui !

Il  était près de vingt et une heures quand le barman, pardon, le chef barman, certain d’être aux yeux de tous, l’innocence personnifiée et notre trop dévoué serviteur, poussait tranquillement mais, sûrement, tout son monde à la consommation. Il me servit  encore un verre sans me demander mon avis ou plutôt en faisant semblant de. Ce n’était pas trop grave, j’allais, son heure venue, lui apprendre le principal, l’adaptabilité, mais seulement après avoir bu tous les verres qu’il déciderait de m’offrir. Avec beaucoup d’innocence, comme lui, mais aussi, de la bienséance, j’avais décidé de tous les accepter, sans broncher et de lui donner, chaque fois que son regard croiserait le mien, l’écho malicieux et approprié aux circonstances. J’étais, à coup sur, encore en train de me faire un ami.  Pendant qu’il me servait un autre gin, ses yeux respiraient la malice. Il devait se faire, à l’instant précis, une idée du chiffre d’affaire que ses gestes calculés et ses allures obséquieuses lui permettaient d’atteindre ce soir et sa jouissance était-elle que ses yeux brillaient de mille éclats. Il ne marchait pas aux cacahouètes, l’animal et si l’épaisseur du bar permettait à ses bras de sortir de leur cadre, c’était juste pour récolter le fruit de ses vénales mais habiles grimaces.

- Ca va, Monsieur, tout se passe comme vous le voulez ?

Il me semblait donner aussi dans l’humour. Cette question vide de sens, il devait la balancer à n’importe qui, n’importe quand et, bien évidemment, en se foutant royalement des réponses apportées par les uns et les autres. Cette certitude m’empêcha de lui répondre ou même de redresser la tête pour acquiescer d’une quelconque façon. Je voulais qu’il comprenne que tout son folklore, j’en avais rien à cirer. Et puis, quand il me disait tout, de quoi parlait t-il ? J’avais envie de lui dire que rien ne s’était passé comme je le voulais depuis mon arrivée et que dans cet endroit, si je retirais l’amabilité et la beauté de Sonia, le reste était pour le moment à chier. D’ailleurs, en parlant du reste, à peine DJP envolé, j’avais eu droit à la version féminine du folklore. Croyez-moi, il avait eu tort de partir Don Juan. Il restait une demi-heure de plus et il repartait comblé. Marie-Laure, ça vous dit quelque chose à vous ? Et bien, à moi, ça ne me disait rien du tout, jusqu’à ce qu’elle arrive et décide de poser ses fesses pas trop loin des miennes, juste sur le tabouret trop brusquement abandonné par D.J.P. J’en profite au passage pour signaler à la direction de cet établissement que vu le prix du centimètre cube d’alcool, leurs tabourets de fabrication taïwanaise étaient depuis déjà fort longtemps fatigués et amortis et qu’il eut été bien aimable de leur part d’envisager un respect plus grand de la partie postérieure de leur clientèle. Je commençais à avoir un satané mal au cul.

- Bonsoir, moi je ne bois que du Gin sec, les mélanges ne me réussissent pas.

Aïe ! Aïe ! Aïe !

- Vous n’avez peut-être pas envie de parler, si je vous dérange, dite-le moi !

Double aïe, aïe, aïe !! Elle avait démarré très fort. Il fallait que je lui dise à cet épouvantail urbain, il fallait que je la rassure. Lors de ma conception, tout c’était bien passé et durant la grossesse de ma mère, aussi. J’avais donc comme tout le monde la parole comme d’autres sens et je l’utilisais quand cela me semblait nécessaire. Comme tout le monde, évidemment, je délirais certaine fois, mais jamais à ce niveau là. Il y a des gens, et elle en faisait partie, pour qui parler, même pour faire chier les autres, reste une urgence. Je suis certain d’avoir dit des conneries et j’en dirai encore mais, j’ai toujours décidé du moment. Je l’avais vu arriver, enfin, tout le monde l’avait vu arriver. Une robe trop courte, rouge vif emballait  l’ensemble avec bonheur. Mes deux rétines d’ailleurs récupérèrent péniblement. Il était un peu plus de vingt et une heures. Pourtant loin des escaliers du lido, nous avions tous reçu ce show comme une surprise de taille. Je crois que personne ne se serait battu pour jouer le rôle d’une marche. Elle dégringola donc l’escalier avec la même grâce qu’un pingouin mais sans son naturel. Le décolleté majeur de sa robe nous imposa à tous, très rapidement, et trop injustement, la mollesse d’une paire de seins flasques, beaucoup trop boudinés dans un soutien gorge qui aurait préféré concourir dans la catégorie inférieure. Ses jambes, quant à elles,  tenaient encore la route et le trajet prometteur des pieds jusqu’aux hanches nous amena dans la plus grande des innocences à découvrir qu’elle pouvait s’asseoir  tranquillement sur ses fesses, la mollesse de celles-ci, en harmonie parfaite avec ce qui lui servait d’appât lui offrait, à titre compensatoire, un large confort. Les traits de son visage, mal camouflés par un maquillage racoleur et maladroit nous annonçaient une quarantaine éprouvée. Pourtant, il y avait dans ses yeux marrons, une étincelle de candeur. J’avais vu aussi les barmans sourire après lui avoir très commercialement souhaité le bonsoir. Enfin, “aléa jacta est “ comme disait l’autre. Elle m’avait choisi, j’étais l’élu et je me devais d'assumer. C’est moi qu’elle avait décidé d’accrocher ce soir. Avec le gin que j’avais dans  le sang, je pouvais très vite dégringoler dans la guignolade. D’ailleurs, c’est ce que j’ai fait. J’avais joué l’acte I de Don Juan, je pouvais, blindé, jouer Lucrèce Borgia. Victor, si tu m’entends…

- Vous ne me dérangez pas.

Et voilà comment j’ai commencé cette nouvelle conversation. Si elle avait arrêter les mélanges, j’étais certains qu’autre chose ne lui réussissait pas non plus, sa trogne me le garantissait.

- Dites-moi, c’est la première fois que je vous vois ici.

Là, j’avais eu de la chance, je suis bien obligé de le reconnaître. J’aurai pu la rencontrer ailleurs et avant ce fameux soir.

- Rien de plus normal, c’est la première fois que je viens.

Le  barman, sans attendre d’instruction, très habile,  lui avait déjà servie la concoction habituelle qui lui servait de tisane et je dois avouer qu’il avait eu la main plutôt lourde. A peine goûté, le verre se retrouvait presque vide et sa bouche, pleine de ses paroles dénuées d’intérêt, balançait tantôt dans l’ordre, tantôt dans le désordre des escadrons de mots dont la mission était de renseigner sur le pedigree de madame. Elle était bardée de titres, tous plus cons les uns que les autres et elle jouissait d’une vie facile ou les cocktails succédaient aux galas et les galas aux avants premières. Elle avait dû côtoyer les plus illustres des acteurs de ce monde, des artistes, des hommes d’état, enfin, un nombre incalculable de personnalités. Pourtant, ses propos ne faisaient allusion qu’à des futilités. Depuis son plus jeune âge, elle se gavait à l’échelle internationale et simplement par procuration. Dans sa famille, on avait eu le passé glorieux et la gloire passée ramenait encore aujourd’hui des revenus boursiers confortables et un portefeuille de relations diplomatiques à bloquer l’oesophage d’une oie. Quant à elle, si elle avait eu une vie antérieure à l’aspect historique, c’était j’en suis certain à Rome. Elle aurait, par ses cris, sauvé le Capitole des gaulois.

Pour le plus grand bonheur de notre chef barman, j’ai bien dû boire deux verres de plus en sa compagnie et au fil du temps, une sensation d’apesanteur me permit de supporter cette épreuve sans colère. J’avais l’impression de jouer une grande partie de jeu de l’oie mais sans dé. Je suis donc, tour à tour et sans carte chance, il n’y en a pas au jeu de l’oie, tombé sur l’oie voyageuse à qui les pélicans de Floride avaient, moins que les parcours de golf, laissé des souvenirs insipides qu’elle me cacardait dans les oreilles. J’étais tombé aussi sur l’oie aventurière qui un jour de galère et en pleine saison touristique avait dû réserver une chambre d’hôtel dans un méridien, le Hilton des lieux étant, ce jour là, complet. Quelle aventure ! Nous étions trois cases en avant ou six en arrière, je ne sais plus exactement ou mon oie rouge, spécimen unique, envolait notre partie quand brusquement un frisson parcouru pour la première fois de la soirée et avec violence, l’intégralité de ma colonne vertébrale. Quelque chose dans la salle attirait mon corps tout entier mais je n’arrivais pas à le distinguer. Mes yeux cherchaient avec insistance. La masse de personnes encore présentes autour du bar limitait trop fortement mon champ visuel pour permettre à ceux-ci de me donner une information précise et puis, plus rien. Je dû retourner à ma partie et eu subitement l’impression d’être tombé sur la case prison.

- Souhaitez vous dîner à présent !

Oui !

C’est bien connu, la tension nerveuse mêlée à la concentration augmente l’appétit de tout individu. C’est donc plusieurs centaines de grimaces plus loin, les yeux fatigués, quelques verres à éponger et donc plus vulnérable que j’avais décidé, au dernier assaut du chef barman, de céder et de prendre mon dîner au bar. De toute façon, il me fallait commencer à éponger un peu tous ces verres de gin. Je ne crois pas que ce genre de type soit marié mais si un jour une femme venait à lui dire oui, ces yeux devraient vraisemblablement pas exprimer davantage d’émotion que ceux qu’ils renvoyaient au moment même ou, jetant un set de table sur le bar, il calculait probablement l’apport en chiffre d’affaire que représentait ma décision. J’allais donc poursuivre mes dépenses pour le plus grand plaisir du cousin éloigné de Johnny Weissmuller.

- Je vous donne la carte… si je peux me permettre, ce soir, je vous conseille le pavé de morue, il est excellent.

Il ne s’arrêtait jamais. Soit j’avais la tête de l’abruti parfait, soit il prenait, et c’était devenu une habitude, tout le monde pour des cons. Enfin, c’était certainement le plat sur lequel ils devaient marger le plus et mon devoir était de tester son excellence. Après tout, c’était comme aller au café théâtre avec quand même deux différences majeures, le spectacle venait à chaque fois s’asseoir à coté de moi et il était gratuit. Je peux même dire, sans fausse modestie que ma participation donnait un caractère interactif à tout cela et un coté up to date qui aurait, je le pense, été très apprécié par tous ces nouveaux pionniers des affaires virtuelles, ces as du Net, ces milliers de jeunes trous d’uc, à la tête de ces fameuses Start-Up qui, à peine sevrés de leurs joutes scolaires limitées aux quatre coins de leur trop petit écran, allaient donner  au monde des affaires, des heures de gloire. Malheur à ceux qui, trop attachés à l’outil de production, à la valeur ajoutée et à la durée, ne reconnaîtraient pas la chance que ce nouveau monde sauvage, le Wild World, c’est son nom, oui Monsieur, posait à leurs pieds de béotiens. Le centre d’affaires ou se situait le siège de mon agence avait vu arriver ces envahisseurs comme les Africains du Nord voient arriver les sauterelles. A la cafétéria, les cigales de la Net économie chantaient à tue-tête. Il n’y en avait que pour elles et les trop tristes et trop lentes fourmis, comme moi, plantées dans une activité classique donc attardée, seraient dévorées ou effacées en moins de deux. C’est étrange mais ils ont tous foutus le camp. Comme les sauterelles, leur passage avait été de courte durée et la longue liste de crédules victimes illustrait assez justement, l’ampleur des dégâts, la bêtise du genre humain et l’une des valeurs les plus en vogue dans notre société aujourd’hui, le tout, tout de suite. Il n’y avait donc, pour l’heure, plus de Net économie mais le bilan net et sans appel que tous ces fantasmes juvéniles et virtuels laissaient derrière eux.   Mais revenons à Marie-Laure. Très engagée, limite tête brûlée, elle continuait de m’envoyer inlassablement ces escadrons de mots auxquels, les verres d’alcool répétés, donnaient une envergure de plus en plus restreinte.

- Si, si, vous pouvez me faire confiance, le pavé de morue est excellent !

Le moment était venu de tirer, pour  une fois, sur ma chance. Je pris donc la grave décision de  faire confiance à Aglaé

- Oui ! Oui, d’accord, si vous le dites, allons-y !

C’est donc sur les conseils avisés d’un primate calculateur et d’un membre d’honneur titré de la cour des gallinacés que j’optais, sans hésiter, pour le pavé de morue. Et un pavé dans la marre, un !

...

Note : Roman protégé par la loi sur la propriété intellectuelle, déposé à la SACD

Commentaires

TOPSCHER Nelly
Nelly78114
22/01/2021
.E
.C
Une bien plaisante nouvelle au message splendide. On peut faire des tas de rencontres mais seules celles qui débouchent sur une vraie amitié méritent qu'on y accorde de l'intérêt et notre énergie. J'aime beaucoup cette plume légère qui s'avère etre plus profonde pour délivrer ses messages
BLANC Déborah
Déborah Blanc
26/01/2021
.E
.C
Cet extrait est un régal ! J'adore le ton, l'humour caustique et la manière dont le personnage passe au scalpel chaque échantillon de la nature humaine, tous ces êtres disparates réunis dans un même lieu. J'aime les descriptions détaillées et les confessions du narrateur. J'aime l'atmosphère qui se dégage de cet extrait. J'aime les références diverses et les comparaisons. Et j'ai très envie de connaître la suite. C'est vraiment très bien écrit. Bravo Stéphane !
Mallard Noëlle
Bigoudaine
30/01/2021
.E
.C
Vous savez decrire avec légèreté la nature humaine, la complexité des rapport homme/femme, et la difficulté à maintenir une amitié quand les actes dérapent et ne sont plus en phase avec ses propres convictions. J'aime votre écriture Stéphane Théri, vraiment !
Capone Marc
Le livrosorus
30/01/2021
.E
.C
Drôle et original. Le titre interpelle et le regard acerbe de Fred n'empêche pas de deviner son vague à l'âme. Quand à ce DJP, il est hélas une caricature souvent rencontrée.
rabiller delphine
Delphine 83
30/01/2021
.E
.C
un régal cet extrait!! pleins d humours et d'auto dérision, mais une grosse part de vérité de vie que l'on peut rencontrer à chaque instant surtout en terme d 'amitié. Apparemment tu attires les "Don Juan de la Biscotta" et autres oiseaux de basse cour !!!! bravo j adore et je suis très fan de cet écrit et j attend la suite avec grande impatience
Ludovic Pennat
Ratatouille
20/02/2021
.E
.C
Drôle et touchant à la fois, j'adore !
Brunet Pascal
PascalB
01/03/2021
.E
.C
Un trop court extrait qui résonne à mes oreilles comme un vieux tube populaire. C’est particulièrement délectable et fluide et on se laisse mener par le bout du nez jusqu’au bout. La grande question, celle qui nous taraude tous est la suivante : le pavé de morue, au final, ne sera-t-il pas trop salé ?
MAGDELAINE Emmanuelle
Manoue
16/03/2021
.E
.C
Une nouvelle qui donne envie de lire la suite.
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