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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

LE MONDE SELON TAM-TAM

Auteur :

Déborah Blanc

Categories : Romans
Date de parution : 06/09/2020

Extrait
(11 avis)
Couverture
LE MONDE SELON TAM-TAM

 

SYNOPSIS :   Entreprenante, audacieuse, pleine d’assurance, un peu prétentieuse, égoïste, Tam-Tam pense être aux commandes de sa vie et voit le monde avec son filtre à elle ; un filtre bien spécial ! Il faut dire qu’elle est singulière et son intelligence l’a amenée à bâtir son existence comme elle l’entend.

 

Mais lorsqu’elle se retrouve embarquée de force par « Le Gang des Gorilles » et atterrit dans un endroit mystérieux, tout bascule pour elle.

Dans ce lieu où elle est enfermée avec ses semblables, elle va vite mettre des couleurs d’espérance et de rêves dans leur quotidien morose et progressivement comprendre qu’elle n’est qu’une partie d’un tout, que tout est finalement intimement lié.

Dans sa quête de vérité, une question l’obsède : trouvera-t-elle son âme sœur ? Cette complicité unique dont lui parle Singha existe-t-elle vraiment ?

De Shéhérazade en psychologue improvisée, Tam-Tam vous entraine dans les méandres de ses fables, de ses réflexions sur notre monde, le sens de la vie, le pouvoir de l’amour et la puissance du destin.

Drôle, inventive, impulsive, enjouée, attachante, touchante, IRRÉSISTIBLE !

Tout un programme pour un petit félin ! Mais Tam-Tam n'est-elle qu'une simple chatte ? Pas si sûr !

PROLOGUE

Avant de commencer mon récit, je tiens à préciser, chers lecteurs, que moi, Tam-Tam, jeune chatte d’un an, j’ai été dotée par l’auteur de toutes les facultés requises pour conter cette histoire. Elle m’a donné la possibilité de traduire les pensées félines dans le langage des hommes. Elle m’a offert le savoir et la maitrise totale des mots.  Elle a ouvert grandes les portes de la connaissance et de l’esprit, m’octroyant une habileté à discourir, à philosopher et à pénétrer les mystères de la race humaine qui m’étonne moi-même.

Un écrivain est à l’image de Dieu en quelque sorte. Omniscient, omnipotent, il peut nous modeler dans la glaise de son imagination, nous accorder toutes les qualités qu’il désire et nous les retirer tout aussi vite. Nous, les personnages, ne sommes que des marionnettes dirigées par sa plume insaisissable et imprévisible. Ces prestidigitateurs du Verbe ont le pouvoir de vous faire croire à une illusion, de vous amener à adhérer à une réalité qui n’existe pas. Je ne sais pas si vous serez aspirés par mon histoire ou réceptifs à mon style narratif mais c’est à moi qu’il incombe de vous divertir, de vous faire réfléchir et de vous montrer le monde tel que je le vois. Comme Jules Renard l’a si bien dit : « Le bon lecteur est celui qui accepte de jouer avec l’auteur, finalement. » J’espère que vous voudrez bien jouer aussi un peu avec sa création.

CHAPITRE PREMIER

Ma vie est exactement comme je la souhaite

Je suis ce que l’on peut appeler une belle minette. Haute sur pattes, silhouette élancée, robe grise mouchetée, queue en pompon neigeux et yeux de biche d’un bleu turquoise à damner n’importe quel matou, du jeunet inexpérimenté au mistigri baroudeur. Mon regard a la splendeur des mers du sud. Sans me vanter, je suis vraiment une beauté et quand je croise mon reflet dans une vitrine, j’admets que mon égo jubile. Souvent j’aime dandiner du popotin, autant par suffisance totalement assumée que pour rendre fous de désir tous les mâles que je croise.

Tiens justement en voilà un qui arrive. Je m’étire lascivement sous le soleil couchant de ce bel été en émettant des petits soupirs de contentement. Je saute du toit où je m’étais assoupie et atterris avec grâce dans la ruelle, juste sous son nez. Allez c’est parti pour le grand jeu de séduction dans lequel je suis passée maitresse. D’abord je lui montre mon postérieur qui en a fait frémir d’impatience plus d’un et je me tortille avec insolence. Puis je me retourne et commence une toilette des plus sensuelles, chargeant chacun de mes gestes d’une saveur érotique. Je vois qu’il est complètement médusé et sous mon charme. Normal je suis une vraie chatte fatale.

Je m’approche alors à pas souples et plante mes grands yeux en amande dans les siens. Mon arme secrète fait mouche. Je vois qu’il déglutit et n’ose même pas soutenir mon regard. C’est un matou un peu gauche, un rouquin trop maigre et pas tout jeune. Je cherche quelques muscles sous cette fourrure assez terne mais à mon grand désespoir c’est la bérézina. Néanmoins il a de beaux yeux d’un vert tilleul avec des éclats dorés. J’aurais préféré trouver mieux mais je suis en chaleur et j’ai une envie irrépressible de m’accoupler :

« Salut ! lui dis-je d’une voix mielleuse. Je ne t’avais jamais vu par ici.

- Bonsoir. »

 J’aime le son de sa voix profonde et caverneuse.

« Tu as un nom ?

- Spike. Et toi ?

- Tam-Tam

- C’est joli ça. »

Un silence un peu envahissant s’installe. Bon celui-là n’est pas du genre Casanova ni beau parleur. C’est à moi de faire le premier pas je présume.

« Tu vis dans le quartier ?

- Oui, depuis quelques jours. J’ai roulé ma bosse dans les villages alentours avant de découvrir cette ville.  J’ai trouvé une ruelle où m’installer. C’est comment ici ? Je veux dire on laisse les chats errants tranquilles ?

- Oui et non. Quelquefois les Gorilles débarquent et alors t’as plutôt intérêt à te cacher.

- Les gorilles ?

- Oui c’est comme ça qu’on appelle les humains qui font des descentes avec leurs cages pour nous piéger. Les chats qui sont pris, on ne les revoit jamais…Mais certains humains sont sympas et nous nourrissent.

- Et toi tu es là depuis longtemps ?

- Depuis pas mal de lunes. »

Je me rends compte que la conversation prend une tournure déplaisante et que ce gros nigaud ne réalise pas la chance inespérée qu’il a de rencontrer la Walkyrie de l’amour que je suis. Bon allez j’attaque. Je m’avance et frotte mes joues contre les siennes puis je lui décoche un regard très langoureux. Je m’éloigne un peu et urine contre un lampadaire. Il s’approche et renifle, gueule ouverte, pupille dilatée. Il est visiblement très excité. Je me dirige alors vers mon repaire, à l’abri sous le renfoncement d’un entrepôt et j’entame ma petite sérénade amoureuse. Mes miaulements rauques semblent être portés par la brise. Je baisse la tête et fléchis mes antérieurs. Je relève la queue et j’attends. Rien…mais il fait quoi cet imbécile ?

Je tourne la tête. J’admire au passage le panache de ma jolie houppette blanche. Il est là, juste à côté et… il me regarde, comme paralysé ! Je commence sérieusement à perdre patience. Je lance une ultime invitation vocale et enfin la tension qui m’habitait éclate. Ce n’est peut-être ni un dandy ni un athlète mais il a une délicieuse façon de me mordre le cou et de me maintenir fermement. Et à ma grande surprise, cela dure bien plus que ce que je m’étais imaginé. Et je dois admettre également que je prends un immense plaisir. Même quand il se sépare de moi, il y a beaucoup de délicatesse de sa part. Je me sens parfaitement apaisée et repue.

« Merci ! C’était très bien.

- On va se revoir ? »

Et voilà patatras ! C’est toujours la même histoire avec les romantiques. S’il pense qu’on est en couple juste parce que l’on a fait du sexe ensemble une fois, il se fourre le coussinet dans l’œil !

« Non je ne crois pas. C’était chouette et ça m’a fait du bien mais ça s’arrête là. Je suis une chatte indépendante. Je n’ai pas besoin d’un mâle dans ma vie. Je suis tout à fait heureuse en compagnie de moi-même »

Il baisse la tête, l’air un peu triste.

 « Eh ! Ne le prends pas comme ça. Tu es un matou sympa Spike. Bonne continuation. Et fais gaffe aux Gorilles ! »

Il s’éloigne, résigné, trainant sa déception sur le bitume. Je ne me sens pas coupable. Je ne fais pas partie de ces chattes sentimentales. J’ai un caractère bien trempé et je veux vivre toute seule. Pour le moment je vais aller me rafraichir et boire à la fontaine du square à deux pas. Quand j’arrive, il n’y a pas grand monde. Je lape l’eau fraiche avec bonheur puis retourne dans mon secteur en quête de nourriture. Les poubelles ? Très peu pour moi. Je suis une chatte classe, trop ravissante pour souiller mes coussinets et mon pelage avec les salissures des ordures. Non, mon charme marche aussi sur les humains.

Je pose mon séant devant la porte du Kebab et miaule de la plus délicieuse des façons. Rachid passe la tête par la fenêtre. C’est un des humains sympas qui me nourrissent ici. Il fait partie du Club des Colombes. C’est-à-dire tous ceux qui m’aiment bien dans le quartier et avec qui je vis en bonne intelligence. Rien à voir avec le Gang des Gorilles. Ceux-là, dès que je les vois, je prends mes pattes à mon cou.

« Oh te voilà Tam-Tam !  (C’est le nom qu’il me donne et je l’aime assez). Attends je reviens ! »

Quand il ressort, j’hume une délicieuse odeur de viande grillée.

« Tiens Bella, c’est pour toi. Régale-toi ma puce ».

Il dépose une petite assiette devant moi pleine de bouts d’agneau savoureux et juteux. On ne me sert pas à même le sol, moi. Je ne suis pas n’importe qui dans le quartier. Je mange à plusieurs râteliers en fonction de mon humeur et j’ai plusieurs Colombes dans mon fan club. Rachid est le plus enthousiaste de mes admirateurs. Il s’accroupit et me caresse la tête puis derrière les oreilles et enfin la joue. J’en ronronne de plaisir et vient me frotter contre son genou. Il me gratte énergiquement l’arrière train, à la base de la queue et je me cabre avec délice tout en raclant le trottoir avec mes griffes de guerrière. Oui ne riez pas ! Je suis une vraie combattante et je sais me défendre. Quand la grosse noiraude a voulu voler ma ruelle, je te lui ai décroché quelques beignes coupantes comme des rasoirs. Vous l’auriez vue repartir la queue entre les jambes et le museau en sang.

Tout le temps de mon repas, Rachid reste là, à me prodiguer tout un tas de cajoleries en me parlant avec affection. Il me répète combien je suis magnifique et je me sens comme la reine de Saba.

« Tu es vraiment trop craquante Tam-Tam tu sais ! Au royaume des chats tu serais la reine. Une vraie Cléopâtre avec ce noir qui souligne le bleu de tes yeux. Tu te souviens de l’histoire de Cléopâtre ? Si ravissante, si ensorcelante que même Jules César n’a pas pu lui résister. Toi c’est pareil. Je suis sûr que tous les mâles du secteur se plient à ta volonté petite polissonne ! »

Quand Rachid flatte mon égo, je frémis de plaisir. Je miaule très fort pour lui montrer que je comprends et que je suis d’accord avec lui.

« Tu devrais te trouver une famille. Tu mérites mieux que la rue tu sais. Moi je ne peux pas te prendre chez moi. J’ai un chien tu vois et il déteste les chats. Allez fais attention à toi beauté ! »

Ma vie est exactement comme je la souhaite. Un océan de liberté, quelques humains bienveillants qui pourvoient à mes besoins (ce qui ne m’empêche pas de me faire une petite souris de temps en temps), des caresses variées. Ma petite planque est à l’abri du vent, de la pluie et juste au-dessus de mon carton il y a un accès à l’intérieur d’un entrepôt désaffecté. En hiver, je m’y réfugie car il y a un tas de cartons, de vieux tissus, de coussins éventrés mais encore confortables. Et quand j’ai trop froid, je m’installe sur les toits contre les cheminées qui diffusent une merveilleuse source de chaleur.

J’ai conscience que je fais partie des privilégiés et que les autres galèrent plus que moi. Je n’ai pas à chercher ma nourriture qui me tombe toute cuite dans la gueule chaque jour. J’ai su faire ma propre promotion pour devenir la minette la plus adorée des commerçants. Et croyez-moi, quand je fais le grand show, tout le monde craque. Les autres chats, et bien ils grappillent ce qu’ils trouvent. L’écaille de tortue deux rues plus loin est morte dans l’hiver. Elle était tout le temps malade. Moi je suis une championne, athlétique, vive, futée et pas du genre à me laisser aller. J’ai une santé de fer. À un an, j’ai l’âge insolent où rien ne peut m’arriver. Je suis la patronne du secteur.

Pour le moment, sa majesté a besoin d’une bonne toilette parce que je sens des petits fils de viande coincés entre mes dents. Je me regarde devant la vitre du Kebab. Mon sex-appeal en cet instant n’est pas exactement au rendez-vous. J’ai les moustaches alourdies de graisse ; du jus a coulé le long de mon menton. Je démarre un décrassage en bon et due forme puis je retourne boire à la fontaine.

Je décide de passer voir Juliette. C’est une jeune humaine à la chevelure de feu. Ses yeux sont d’un vert mousse assez joli. Ils ne sont pas aussi beaux que les miens mais c’est agréable à regarder. Juliette est en train de ranger et nettoyer le Snack. La petite fenêtre à l’arrière est entrouverte. Je saute et m’installe sur le rebord. La télévision est allumée et je suis immédiatement hypnotisée par les images qui défilent. D’habitude il y a de la musique très branchée ou bien du foot. Mais ce soir, l’atmosphère est très différente. Je sens de la gravité dans ce qui défile sous mes yeux.

Je vois des humains habillés de la même manière. Ils portent des casques noirs et des vêtements noirs. Ils tiennent des boucliers devant eux. Ils ont aussi à la main de gros bâtons. Je ne vois pas bien leurs visages mais ils ont l’air sous pression. En face d’eux, il y a d’autres humains, eux aussi avec des habits identiques. Ils portent tous du jaune. C’est là que certains d’entre vous vont dire : « N’importe quoi ! les chats ne voient pas les couleurs. » Et bien je suis au regret de vous contredire. Nous voyons parfaitement le bleu et le jaune ! Et puis je vous rappelle que nous sommes dans une histoire ! Certains ont visiblement sauté le prologue…Alors si l’auteur a décidé que les chats voient les couleurs, et bien vous n’avez rien à dire !

Je regarde ce qui va se passer. Les jaunes avancent en criant des mots que je ne saisis pas. Ils ne sont pas très organisés mais je vois sur leurs visages beaucoup de colère, d’exaspération et de détermination.  Il y en a de tous âges, des hommes, des femmes, et même certains avec leurs petits dans les bras ou à leurs côtés. Il y a aussi des vieux. C’est assez brouillon mais j’aime bien l’ambiance qui ressort de ce groupe. Les autres avancent aussi, en rangs serrés. Ils ont déployé leurs boucliers. Ils ne crient pas. Ils sont peut-être muets ? Je décide que je suis pour les jaunes, même si je ne sais pas pourquoi les deux groupes sont en guerre. Nous, les chats, sommes bien en guerre avec les chiens depuis la nuit des temps, alors !

Soudain les noirs lancent des objets sur les jaunes. Ça retombe par terre et ça fait plein de fumée. Je vois les jaunes qui se couvrent le visage, qui toussent et courent pour fuir. Ils ont les yeux tout rouges. Visiblement ça les fait pleurer.  Puis je vois des noirs qui frappent les jaunes avec leur bâton. Je n’aime pas ça. Pourquoi frappent-ils des jaunes qui n’ont fait qu’avancer en criant et en brandissant des pancartes ? Pourquoi en trainent-ils plusieurs et les tapent-ils quand ils tombent par terre ? Certains ont la figure pleine de sang. Ces humains sont fous ! L’équipe des All Black est en train de gagner. Les jaunes, eux, se prennent une sacrée raclée. Ces humains sont vraiment dérangés et voyeurs en prime. Car pendant que la troupe des noirs attrape, châtie, abime et violente les jaunes, un autre groupe dont je n’avais pas pris conscience jusque-là, regarde la scène avec des grosses caméras sur l’épaule. Et je comprends que ces caméras emprisonnent les images et les envoient dans ce téléviseur. Et moi-même, je fais partie de cette bande de voyeurs qui fixent avec attention cette scène étrange.

« Oh minette ! Tu es passée me faire un petit coucou ? Tu as faim ? »

Juliette, qui vient de me remarquer, s’essuie les mains à un torchon jaune (j’en déduis qu’elle est pour l’équipe jaune et je suis contente) et attrape dans le frigo une boîte de plastique dont elle extrait une tranche de jambon. Elle la met dans un petit bol qu’elle dépose devant moi.

« Tu ne veux pas manger ? »

Je m’approche et lui donne un petit coup de tête.

« Ah ! tu as déjà mangé c’est ça ? Tu veux juste des câlins ! »

Elle me prend dans ses bras. Ma petite turbine interne s’emballe. Elle s’assied sur une chaise et me pose sur ses genoux. Elle regarde l’écran avec une expression de consternation, tout en continuant de me caresser.

 « Si c’est pas malheureux ! Et le gouvernement qui ferme les yeux, qui fait la sourde oreille aussi…Aïe aïe aïe ma minette, ça va mal en France en ce moment. Trop de disparités. Trop d’injustices. Et la vie est devenue tellement difficile pour les classes ouvrières et les classes moyennes.  Je ne sais pas vers quoi on se dirige mais ça n’augure rien de bon. »

Je miaule avec insistance pour lui monter que je comprends et que je suis d’accord avec elle.

« Tu t’en moques n’est-ce- pas ? Parfois je voudrais être un chat pour ne pas me prendre la tête avec tous ces problèmes. Vous, vous vivez dans l’instant présent. Vous n’êtes pas pris à la gorge par les responsabilités, par la crainte de l’avenir. Parfois minette, je t’envie ! »

Mais si je la comprends ! C’est elle qui ne me comprend pas ! Les humains n’ont pas notre intelligence en matière d’instinct et de perceptions subtiles des choses. Ils ne sont pas connectés à leur environnement comme nous, les chats, pouvons l’être. Je décide de rentrer chez moi. L’agitation sur l’écran de télévision m’énerve. Je sens le stress de Juliette également. Ces images ont pollué mes yeux et mon esprit. Elles sont incompatibles avec mon monde intérieur. Alors, après lui avoir donné un petit coup de tête pour lui signifier que je l’aime bien mais que je veux m’en aller, je me lève et saute au bas de la chaise.

« A bientôt minette ! »

La nuit naissante aiguise mes sens et aiguillonne mon imagination. Je grimpe en haut du toit le plus haut pour admirer la ville qui palpite tout autour de moi. Les lumières qui scintillent au loin m’embarquent pour un voyage chimérique où je suis mille et une héroïnes.  Shéhérazade envoûtante contant au roi Chahriar (ou plutôt Chat-riar) les histoires les plus captivantes et les plus palpitantes pour le voir s’agenouiller devant mon esprit supérieur et me miauler un amour éternel que je daigne accepter.

Mais je suis aussi Tam-Tam-Cléopâtre la sulfureuse et magnifique, aux yeux de braise, arrosant le monde de ma beauté hors pair et de mon charisme inégalable. Des millions de félins m’adorent et ne respirent que pour me contempler. Ils m’inondent des fruits de leur chasse dont je ne sais que faire. Des lacs de lait sont à ma disposition. Aux broches verticales géantes pendent de succulents morceaux de mouton grillé. Mes fidèles scandent mon nom « Tam-Tam, Tam-Tam, Tam-Tam ! Longue vie à toi divine Déesse ». Leurs voix à l’unisson enflent comme le fracas des vagues et m’enveloppent. J’agite alors avec grâce mon seigneurial pompon immaculé et les feux du temple renvoient à la foule le bleu ensorcelant de mes yeux. Mes adeptes entrent en transe et crient ma gloire éternelle.  

Vous vous demandez certainement comment je connais tous ces personnages de légende. C’est que je suis une chatte éduquée moi ! Et je sais laisser trainer mes oreilles au bon endroit. Plusieurs de mes Colombes m’autorisent même à m’allonger sur le rebord de la fenêtre et au Kebab de Rachid, il y a une télévision aussi, très souvent branchée sur les chaines culturelles. C’est comme ça que je suis devenue la chatte la plus savante de toute la ville.

Mais aussi, Rachid aime bien me raconter des histoires pendant que je mange. Il n’est pas comme les autres Rachid. Il a compris que je suis une chatte inégalable, exceptionnelle. Il dit que mes yeux ont l’éclat et la magie d’un conte des Mille et Une Nuits. C’est comme ça que j’ai appris l’existence de l’envoûtante Shéhérazade.

Il dit aussi qu’il aurait dû m’appeler Cléopâtre après tout, parce que j’ai vraiment « du chien » avec mes pattes si hautes et fines, ma queue en panache et mon regard de braise. Cela m’a un peu contrariée de savoir que j’ai du "chien" mais comme il dit la même chose de la fille qui vient tout le temps lui tourner autour, et qu’il regarde attentivement sa croupe quand elle s’éloigne, je crois que c’est un compliment.  Je l’écoute donc et miaule toujours au bon moment pour lui montrer que ça m’intéresse, ce qui finit inévitablement par le faire rire. Décidément les Dieux m’ont créée parfaite. Sublimement belle, intelligente, futée, robuste et érudite. Je soupire. Je suis très satisfaite de moi- même.

Je reviens doucement à ma réalité, mon égo rassasié des fantaisies que mon esprit lui a servies. Quand je regagne mon carton au petit jour après une nuit de jeux et d’exploration, je suis la chatte la plus épanouie du monde et je m’endors avec l’assurance que je suis maitresse de mon destin.

FIN DU CHAPITRE PREMIER

Déborah Blanc @tous droits réservés

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

TOPSCHER Nelly
Nelly78114
07/09/2020
.E
.C
Tam Tam est une minette très attachante. Quelque chose me dit qu'elle va vivre des tas d'aventures. La plume légère me donne grandement envie de lire la suite.
rabiller delphine
Delphine 83
07/09/2020
.E
.C
j'adore et faire parler un animal et nous conter sa vie je trouve cela bien penser. bravo l'extrait m'a emballé et la couverture est superbe. cela va toucher aussi un large public aussi bien les enfants que les grands enfants que nous sommes. bravo
Robsart Amy
Amy
08/09/2020
.E
.C
Donner la parole à un animal est l'une des plus belles illustrations de narration tant elle peut offrir un vrai recul sur ses propos. Je viens de lire de très belles lignes. Je souhaite souligner la qualité de l'écrit et les promesses d'un contenu fort en thématiques. Tam-Tam devrait faire du bruit et s'envoler avec le bouche à oreille. Un grand bravo à ce chat aux couleurs sympathiques et philosophiques !
Ngijol Félicité
FKN
10/09/2020
.E
.C
je partage mon espace de vie avec une minouchette a qui je dis combien elle es belle et royale. Je retrouve dans ce texte toute son espièglerie. Vers quelles aventures nous embarque-t-elle?
Martineau Martin
Le Biblio Gus
13/09/2020
.E
.C
Il n'est plus nécessaire de donner sa langue au chat; TAM-TAM a la langue bien pendue et pour notre plaisir de lecture. La lecture est plaisante et facile, fluide. Ce chat nous psychanalyse et joue. Il se joue de nous et de nos histoires d'humains. Très plaisant !!!
Pihan Bernard
Le Bouquiniste
19/09/2020
.E
.C
C'est original et bien rédigé, facile à la lecture.
Frémont Nina
Nina
22/09/2020
.E
.C
Malgré son jeune âge, Tam-Tam ne manque pas de jugeote ! C'est léger, original et facile à lire.
Isatis Jacques
Isatis
23/09/2020
.E
.C
Tam-Tam est indépendante et célibataire, elle peut donc en toute liberté refaire le Monde. Ella a également un coup de patte incisif !
Lavanant Brieuc
Brieuc de Saint-Malo
27/09/2020
.E
.C
Belle nouveauté ! Une bonne idée bien présentée et très bien écrite.
Mauleon Cyrille
cosmos
03/10/2020
.E
.C
Un extrait croustillant, plein d'humour ou l 'on sent pourtant poindre des thématiques bien plus profondes... Je pense que Tam Tam a énormément de choses à nous montrer par son prisme. La vidéo de présentation l 'illustre fort bien et l'on a hâte de connaître l'intégralité de ses aventures. Très original et très bien écrit.
Luciani Marina
Libellule
14/10/2020
.E
.C
Le mot Tam-Tam annonce à lui seul le jeu et la joute verbale. Les deux servent de prétexte à la peinture des hommes et de la vie. C'est bien imaginé.
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