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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

LE BAISER DE GUSTAV

Auteur :

MARTINE MAGNIN

Categories : Romans
Date de parution : 15/01/2021

Extrait
(1 avis)
Couverture
LE BAISER DE GUSTAV

LUCIE
J’ai froid.
Il neige au profond de moi-même.
J'ai si froid sans mon cœur, rendez-le-moi.
Ne le mettez pas dans une cage.
J’ai envie d’aube et non d’hiver.
Je suis prise dans un brouillard mouvant d’étincelles, de frissons, d’étoiles filantes, de paillettes scintillantes ou de minuscules mouches lumineuses...
Quelque chose grésille et crépite en moi, un courant d'air cruel écharpe de ses griffes acérées mes épaules dénudées.
Ma cage reste aussi glacée qu’une ossature hivernale.
Tout près de moi, un bruit poussif affolant et pénible. Une machine infernale ? Suis-je dans un instrument de froidure démoniaque
ou suis-je devenue une mécanique moi-même ?
Le vent m’attire, je suis hors de mon corps.
Je ne vois rien, je ne crois rien, je ne comprends rien.
J’entends juste cet engin qui s’entête, peine, et ses bips permanents. Je suis épuisée, transie et indécise sur mon sort.
C’est étrange. Parfois, les mots pour décrire ce que je ressens ont du mal à s’organiser dans ma tête, les idées deviennent confuses et m’échappent, tout se brouille, s’enroule et s’efface.
Je suis envahie d’une froideur bizarre, je frissonne. Je suis transie et molle. Suis-je morte ? Aveugle ? Paralysée ? Immobilisée ?
À coup sûr, je suis seule et dans des ténèbres hostiles.
Aucun bruit, si ce n’est cette machine insolite qui grogne et halète tout près de moi. Aucun souvenir avant ce bruit, aucune logique pour expliquer cet état, mon état. Que justifie ma place actuelle ? Une punition divine ou un projet pervers ?
*
— Bonjour , Lucie, comment vas-tu aujourd’hui ?
Lucie... Je sais, c’est mon nom.
Mais qui est cette femme qui s’adresse à moi ?
Je ne reconnais pas cette voix, pourtant elle a l’air plutôt bienveillante.
Je voudrais bien répondre, mais j’en suis incapable.
Totalement impuissante, comme empêchée de tout.
Quelque chose en moi s’est figé et me rend inapte à communiquer. Je ne sais plus comment on fait pour parler,
Des bruits de pas et une voix féminine :
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mes réflexes vitaux sont en grève.
D’ailleurs, j’entends sa voix, mais je ne cerne pas cette visiteuse . Je suis toujours dans une noirceur complète et inquiétante.
J’essaie pourtant de me concentrer,
de bouger ne serait-ce que ma langue, mais rien ne suit ma pensée. Je n’ai plus de bouche...
Tous ces efforts me lassent.
Je m’échappe et m’enfonce dans l’ailleurs, c’est plus simple, pour le moment. Le brouillard m’accueille généreusement, mouvant et lumineux.
Je me détends de tout mon corps et je m’en délecte.
*
Une voix masculine intervient, et plusieurs conversations se croisent, brèves et inconnues
— Il faut bien ........ ses yeux,
— Lucie ! Vous nous entendez, Lucie ? Non, elle n’entend pas.
Qui est cette personne autoritaire ?
Et mes yeux, pourquoi parlent-ils de mes yeux ?
Je suis aveugle, le savent-ils seulement ?
Bien sûr que je l’entends ! Ces gens disent n’importe quoi.
Je voudrais bien bouger, tenter juste un geste, mais je n’ai plus de corps. Je suis une tête, une tête de glace, une tête-tronc gelée.
Mes yeux ont oublié le jour, ma bouche ne sert à rien,
mes bras et mes jambes sont absents.
Je n’ai aucune autonomie, aucune mobilité, ni aucune volonté. Je suis une sorte de crêpe inerte.
Je décroche, je raccroche.
Je préfère dormir, flotter, rêver et ne plus me tracasser.
Une zone lumineuse m’attire et je m’en approche.
Je sens des ondes voluptueuses qui me frôlent et m’entourent.
J’entends le bruissement des flots.
Des vagues colorées ondoient et retombent en écharpes d’écume et en poudre blanche.
Je pars décrocher les étoiles, je les poursuis sans les saisir.
La matière scintillante est diffuse, volatile, éparse.
Je sens un souffle apaisant qui m’effleure et me grise. Je me laisse aller entre sommeil, hibernation et ivresse. C’est divin.
Je pense aux étendues blanches du Grand Nord.
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C’est le même froid et le même calme silencieux.
LES AUTRES
*
L’insouciance n’est plus de saison, elle a fait place à la crainte. Une angoisse sourde s’est insinuée partout.
Pour la deuxième fois, Clémence et Guillaume, inquiets, se trouvent assis sur leurs tristes chaises grises, modèle basique Sécurité Sociale. Ils regardent en silence le grand homme moustachu qui leur fait face dans sa blouse blanche immaculée. Même cerné de fatigue, son regard est doux. À côté de lui, sur un grand écran d’ordinateur, des images de scanner semblent concentrer toute son attention.
C’est lui, le grand Manitou. Celui qui sait, l’Homme de Science, le détenteur incontesté de la Parole, de la Lumière, le Maître des vies tourmentées qui attendent. Celui à qui tout le monde doit allégeance et dévouement, surtout les proches égarés des patients qui lui sont confiés.
Les explications du professeur Boris Kourakine sont aussi peu rassurantes que consternantes, car il y a eu peu d’évolution depuis une semaine ; mais heureusement aucune complication. Dans cette parenthèse virtuelle, on se satisfait de peu.
— L’explosion de la bombe a généré une déflagration et un souffle d’une telle violence qu’il a déclenché chez Lucie un traumatisme cérébral. Mais essayons d’être positifs, car si l’attentat l’a épargnée, ce n’est pas le cas de la vingtaine de personnes décédées et de grands brûlés. Oh, désolé, je suis maladroit ! Recevez toutes mes excuses et mes encouragements.
Après un moment de gêne partagée, il reprend :
 

Commentaires

Capone Marc
Le livrosorus
25/01/2021
.E
.C
Le titre est tout aussi que la couverture.Les premiers mots sont forts et nous plongent de suite dans un climat étrange, dans un lieu encore inconnu avec, en filigrane, un drame ou une catastrophe.
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