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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

L'envie de vivre

Auteur :

Licora L

Categories : Romans
Date de parution : 04/09/2020

Extrait
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L'envie de vivre

Après avoir bu un verre d’eau en cuisine, je reviens dans la chambre pour profiter au maximum de ce moment de détente. Mais arrivée dans la pièce, j'aperçois Davis assis sur le bord du lit, la tête entre les mains. Quelque chose continue de le tracasser et ce depuis un bon moment déjà, mais je n’arrive pas à savoir quoi. Souvent après nos câlins, il devient sombre, parfois triste. Je ne pense pas que cela ait un lien avec son histoire familiale. Mais alors pourquoi ? Il ne se dévoile jamais malgré mes tentatives, il reste en retrait. Ou alors en ayant trop bu. Je n’en peux plus de rester dans l’ignorance de ses tourments et de ses sentiments. Enveloppée dans mon drap, je m’approche doucement de lui, pose délicatement ma main sur son épaule puis je lui demande :

— Davis ? Pourquoi es-tu toujours si triste après qu’on ait fait l’amour ?

Cette simple question change soudain l'atmosphère en un arceau électrique. Je le sens se tendre sous ma main à cette évocation. Tous ses muscles se raidissent et il se lève brusquement, se dirigeant droit devant lui, vers la fenêtre. C’est un froid glacial qui s’installe, contrastant avec la température de nos ébats d’il y a quelques minutes seulement. C’est à se demander s’il ne souffre pas de troubles bipolaires tellement ses changements d’humeur et de comportement sont fréquents.

Je reste là sur le lit, figée, en attendant sa réponse. L’ambiance entre nous est devenue plus sombre, plus explosive. Le silence qui règne à ce moment en devient inquiétant. Mais je ne dis rien, j’attends.

Après un moment qui me semble être interminable, il me balance:

— On ne fait pas l’amour, on baise, rien de plus.

Sans ménagement, ses paroles m’atteignent en plein cœur. J'ai l’impression de me prendre une grande claque. Il aurait voulu me faire plus mal qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Son ton est froid, net et tranchant. Totalement dépourvu de la moindre gêne, dénué de tout sentiment. Le pire est qu’il ne prend même pas la peine de me regarder.

Voilà, tu l'as ta réponse.

Je prends mon courage à deux mains tant que je le peux encore, avant que la douleur de ses mots ne me broie définitivement. L'heure de la vérité a sonné, je dois savoir, je ne lâcherais pas. C'est armée d'une motivation fragile que je lui demande, dans un souffle :

— Alors pour toi, je suis juste un plan cul, c’est ça ?

Les larmes me montent aux yeux en même temps que ma colère enfle. Je ne peux pas croire qu’après tout ce qu’on a vécu ensemble, il ne ressente rien pour moi, pas même la moindre once de sentiment. Je refuse de l’admettre, ce n’est pas possible.  Je suis persuadée qu'au fond de son cœur, j'ai une place, si petite soit-elle.

Toujours face à sa fenêtre, j’observe cet homme superbe qui m’a fait découvrir un panel d’émotions tant physiques que sentimentales. Cet homme si beau, si mystérieux, si torturé, qui a le pouvoir de réduire mon cœur en cendres en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

Il se retourne enfin vers moi, s’approche lentement et prend mon visage entre ses mains. Son regard est noir de colère. Front contre front, ses yeux se fixent dans mes prunelles, comme je fixe les siennes avec angoisse, cherchant à y lire ce qu’il n’ose pas me dire. Cette vérité cruelle qui est prête à casser tous mes espoirs d'un amour partagé. Il me dépose un doux baiser sur les lèvres, un baiser au goût amer, avant de me répondre :

— Je suis désolé, Lucie. Je ne peux pas t’apporter ce que tu veux, ce que tu attends de moi. Ça va trop loin, je ne peux plus faire semblant.

Alors voilà, nous en sommes là? Je vais devoir me contenter de cette explication, ou excuse foireuse? Certainement pas!

— Parce que tu sais, toi, ce dont j’ai besoin ? crié-je, au bord de l'asphyxie.

Mes larmes coulent maintenant à leur guise. Je ne peux plus contenir cette vague qui me submerge à l’entente de ces mots, si durs. Il ne répond pas, sa mâchoire se crispe et il relâche sa prise comme si ma peau le brulait. Davis me tourne de nouveau le dos, s'appuyant sur sa commode, la tête basse. Cette distance entre nous m’est insupportable. Et effrayante.

— Je ne suis pas un homme pour toi. Je ne peux pas t’aimer comme tu le veux, je ne sais pas faire et... Je n’en ai pas le droit. J'ai conscience de t'avoir fait croire qu'il y aurait plus entre nous, j'en suis sincèrement désolé.

Je ne comprends rien à ce qu’il me raconte. C'est du chinois, ça ne veut rien dire. Pourquoi ? Que me cache-t-il? Il en aime une autre, c’est ça ? Le volcan de rage qui monte en moi explose en pensant à cette éventualité. Ou a-t-il peur? Mais de quoi ? Trop de questions restent sans réponses, et ce depuis trop longtemps déjà. Je m’avance vers lui, agitée, en colère et blessée. Je lui hurle dessus, en tapant mes poings contre son dos. Il ne réagit pas, se laisse même faire. Il est temps de poser les cartes sur la table ! Alors, je joue mon dernier pion. Et tant pis si je foire tout, au moins je serais fixée, définitivement.

— Je t’aime Davis ! Ose me dire dans les yeux que tu ne m'aimes pas ! Que je ne suis rien pour toi !

Aucune réaction, autre que la crispation de tout son corps. Ce qui alimente ma colère, déjà déchainée. Entre deux sanglots, je rajoute :

— Pourquoi est-ce que tu me fuis toujours ? Pourquoi est-ce que tu luttes contre tes sentiments ?

— Arrête Lucie. Je t'en supplie, arrête... ne rends pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont.

Sa voix est si faible que j'ai eu du mal à l'entendre sous mes cris. Sa respiration se veut maintenant plus forte, ses muscles sont tendus à leur maximum. On dirait une bombe à retardement. Mais toujours aucun regard. Je reprends mon accès d'hystérie en hurlant à plein poumon :

—  PUTAIN MAIS REGARDE-MOI !

Il se retourne vivement, m’attrape les poignets et les paroles qui sortent de sa bouche sont plus tranchantes que des lames de couteau.

— Parce que je suis condamné, BORDEL! Voilà, t'es contente?!

— Quoi ? Je…..ne comprends pas….

Je reste abasourdie. Cette phrase tombe comme un couperet, mettant fin en une seconde à ma folie passagère. Essoufflée, je tente de connecter toutes les données que j’ai pour comprendre ce que ça veut dire.

Condamné à quoi ? Ça n'a aucun sens. Je cherche alors une réponse dans son regard mais il est vide. Vide d’émotion mais remplit de larmes, comme le mien.

Davis ramasse son tee-shirt, enfile un pantalon en vitesse et part en claquant la porte, sans que je n’aie le temps de réagir…

Et je reste là. Seule. C'est comme si mon cœur venait d'être lacéré, mon corps, vidé de son sang. Il n'y a plus que les larmes sur mes joues qui me rappellent la triste réalité de cet instant.

 

Davis.

Condamné.

Voilà ce que je suis.  

Condamné à n’être rien de plus que ce que je suis déjà, c'est-à-dire rien. Un grain de poussière, venu faire un bref séjour pourri sur cette Terre.

Condamné à traîner ma carcasse encore quelque temps, mais heureusement plus pour longtemps. Cette nouvelle m’est apparue comme une délivrance, une solution facile à ma vie de merde. Je pourrais mettre fin à mes jours moi-même mais pour être honnête, j’en n'ai pas les couilles, sinon je l’aurais fait depuis longtemps. Alors, j’attends que la vie me fasse enfin ce cadeau qui est pour moi la mort. Je rêve qu’elle abrège mes souffrances, notamment celle que mon cœur vient d’endurer, plus piquante encore que les autres.

Je déambule dans les rues sombres de la plus belle ville du monde, après avoir écumé les bars du coin. Mes pieds frappent et traînent sur le sol d’un pas encore plus lourd que d’habitude.

Je pensais que dire la vérité à Lucie serait simple. Ça aurait dû être simple.

Tu parles. Tu as vraiment été un gros connard de lui balancer ça comme ça. En même temps, lui dire avec des fleurs n'aurait pas arrangé la situation.

J’aurais dû lui dire depuis longtemps, pour qu’elle ne s’attache pas. Pour m’éviter de croiser ce regard déchirant qu’elle m’a lancé. Je crois que ça me pèse encore plus maintenant. Mais pourquoi ? Que faire à présent ? Je n’ai pas pensé aux conséquences de ma révélation. Il faut dire que je n'avais pas envisagé de lui annoncer ma maladie de cette manière. Je pensais avoir encore quelques jours devant moi pour profiter d'elle avant qu'elle ne m'emporte. Me noyer dans sa douceur jusqu’à disparaître. J’ai voulu me montrer fort et résister. Mais j’ai été faible et devant sa détresse, j'ai craqué. Une chose est sûre, c’est qu’après ça, elle ne voudra plus de moi. Et tant mieux.

Arrête de te mentir, toi aussi tu en souffres.

« Je t’aime Davis ! Pourquoi est-ce que tu luttes contre tes sentiments ?» Cette phrase tourne en boucle dans ma tête. Même si je suis au courant depuis un bon moment, d’entendre ces trois mots sortir de sa jolie petite bouche a été un crève cœur, alors que je me pensais blindé contre ces conneries.

Comment peut-elle m’aimer, après tout ce que je lui ai fait ?

Comment peut-elle aimer un homme qui ne sait pas lui-même qui il est, tout ça parce que ses parents lui ont menti toute sa vie ?

Pourquoi cette chienne de vie m’a mis cet ange sur ma route, pour me la reprendre derrière ? Je ne mérite pas cet amour tout comme elle mérite de trouver quelqu’un qui saura l’aimer, la chérir, la rendre heureuse, la faire rire quand moi je ne cesse de la faire pleurer.

Mais ça suppose qu’un autre homme la touche, la caresse, l’embrasse…

— Putain mais ferme-la !

Ma voix résonne en un cri dans cette impasse dépourvue de lumière, pendant que mon poing s’écrase avec une extrême violence contre le mur en brique, dans un bruit de craquement. Ma conscience fait des siennes, comme si j’avais besoin qu’elle la ramène.

Du sang coule le long de ma main probablement cassée. Mais je m’en moque. Je ne ressens plus rien, hormis quelques larmes qui inondent mes joues. Mes jambes tremblent, ma tête tourne, je ne me sens pas bien.

Des yeux émeraude…

 Trop d’émotions contradictoires et douloureuses se battent en moi, s'entrechoquent.

Je t’aime, Davis…

Je n'ai pas assez bu, putain !

Parce que je suis condamné !

— Mais taisez-vous ! Arrêtez !

Je plaque mes mains sur mes oreilles dans l'espoir de ne plus entendre ce tourbillon de sensations dévorantes. Mais rien n’y fait, elles sont là, à me tirailler de l’intérieur, me torturer jusqu’à la moelle, déjà bien pourrie.

Ma respiration s’accélère en même temps que mon rythme cardiaque. Je suffoque. Je vais craquer . Exploser.

Mes jambes flanchent et je tombe à genoux.

 

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