pas vu, pas lu

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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka

Fil de fils

Auteur :

Stéphane Theri

Categories : Nouvelles
Date de parution : 28/10/2021

Extrait
(2 avis)
Couverture
Fil de fils

Inspiré d'un tableau, ce texte renvoie au meilleur d'une vie, l'amour et tout ce qu'il peut révéler en nous.

Extrait du recueil "Bribes de mots".

C’est drôle, mais, c’est maintenant, là, assis sur cette chaise que je réalise combien le grenier si haut perché recèle de racines. Tous ces objets immobiles ne sont pas réellement abandonnés à la contemplation de leur ombre, ils attendent et guettent l’instant où ils pourront de leur simple présence éclairer mon âme sur les jeux d’hier et les «Je» d’aujourd’hui.

Machinalement, comme j’ai pu le faire des dizaines d’autres fois, avant ce jour, j’ouvre ce livre et, par automatisme, j’en tourne les pages sans vraiment les lire. Si de nombreuses fois je n’y ai vu que ses illustrations et les textes qui le remplissent, tout de suite, chacune de ses pages me propose d’autres images qui ne sont pour le coup que des instants de vie, des projections, de toi et de moi.

Aujourd’hui, l’ouvrage est empreint de souvenirs qui s’échappent, sous le coup de vives émotions. Ces tranches de vies volent la vedette au contenu éditorial originel pour le confondre jusqu’à le fondre dans notre parcours commun. Toi et moi, nous avons tour à tour et ensuite, ensemble, joué avec Pinocchio. Mes mains puis les tiennes ont fait tanguer ce bateau avec l’illusion partagée de traverser les océans et de partir à l’autre bout du Monde. Au volant de cette voiture, j’ai battu, avant toi, tous les records de vitesse et devant les plus grands champions.

Oui, tous ces objets sont les points cardinaux, les repères d’un itinéraire de vie exclusivement notre. Avec toi et tous ces objets, j’ai écrit les plus belles pages de ma vie. Oui, cette pièce, ce grenier et tous ces objets, ordonnent avec simplicité l’affiche d’un film, celui de notre vie. Dans ce trop court métrage, la part de rêves était sans limite et tout était possible. La vie, ta vie, ma vie se remplissaient avec amour et avec tant de promesses. A présent, l’ombre du cheval sur le parquet, me ramène au temps toujours trop court d’une vie. Je dois accepter que tout a basculé en une poignée de secondes et balayé tout ce que nous étions heureux d’échafauder ensemble et sans la moindre méfiance, sans la moindre conscience que celle, instantanée, du bonheur partagé.

Ce sont nos rires et nos péripéties qui tapissent les murs de cette maison. Ce  grenier en est le refuge. Il protège tout ce qu’il me reste de toi, de moi et de nous. Le nez de Pinocchio ne s’allongera pas si je t’avoue que respirer sans toi est devenu un exercice extrêmement difficile. Tu me manques. Le «Nous» de mes souvenirs ornent sans aucune modération mon regard sur la vie. Sortir et voir la mer, sans les gens tout autour, me remplie de toi et me garde vivant. Ce bateau et ses voiles me disent combien tu tenais haute la barre de ma vie. La distance, nos voyages, nos vies de famille ne m’ont jamais séparé de toi. Une lettre, un coup de fil, le son de ta voix et je pouvais peindre le Monde et toute sa lumière. Tous ces jouets et bibelots tracent  sur cette pièce les contours de ton ombre et m’interrogent sur les mots, les émotions et les souvenirs à poser sur mes mémoires. J’ai écrit sur la liberté, le voyage, le soleil, les grands espaces, l’amour et l’aventure qu’une vie offre à tout individu.

Il me faut à présent écrire sur ce grenier, cet espace plus petit et tellement grand par ce qu’il me procure d’émotions. Monter ici, s’est s’approcher du ciel et réfléchir à ce que nous y ferons ensemble le jour de nos retrouvailles. Je t’aime ! Partager avec des mots ce grenier, c’est comme immortaliser nos pas sur Terre et, à coups de plume, m’offrir l’opportunité de replonger dans  ma mémoire de fils et dans ma vie de père.

Texte enregristré au SACD, protégé par les lois sur la propriété intelectuelle.

 

Commentaires

BLANC Déborah
Déborah Blanc
30/10/2021
.E
.C
Stéphane encore une fois vos mots font mouche et me transpercent le cœur. Il y a tant de sensibilité et d'émotions dans ces lignes, entre ces lignes ! Tant de douceur, de nostalgie et de musicalité aussi ! Quelle belle plume que la vôtre ! Elle nous rappelle la fragilité du bonheur et la fuite du temps. Oui les objets sont des balises, des témoins de nos chemins de vie et ils font revenir à la surface tellement de souvenirs, d'images et de ressentis...
Mallard Noëlle
Bigoudaine
10/11/2021
.E
.C
Vous savez toucher l'âme des lecteurs. Votre sensibilité me plaît!
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