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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka
Interviews
Félicité Ngïjol

Auteure & Artiste indépendante

COMPLEMENTS

 

Félicité anime également des ateliers créatifs autour de la peinture et du textile. Active, sincère et à l'écoute permanente de la société, ses écrits vous bouleversent parce qu'ils sont emprunts de délicatesse, de retenue et d'émotion. Pourtant, Félicité sait donner du poids à ses mots. Elle écrit avec justesse autour de thèmes qui nous touchent tous.  

"A dire vrai ! "  et "Deux nuits et trois jours", les nouvelles du recueil " Entre Désirs & Secrets" de Félicité s'inscrivent dans la démarche d'une auteure qui n'a pas fini de vous surprendre.

Nous vous invitons à lire les extraits de ses écrits en suivant les liens ci-après et à découvrir le recueil de nouvelles " Entre Désirs & Secrets"

disponible à la vente aux éditions Terhoma.

1/ Si, pour commencer, on répondait à ces questions : Qui êtes-vous Félicité ? Comment vous définissez-vous ?
Pour commencer, je suis la maman de deux jeunes hommes merveilleux et j’ai le bonheur de faire l’artiste. Je dirais que je suis une artiste renaissance. C’est-à-dire que je m’intéresse et pratique diverses formes d’art.
2/ Quel est votre rapport au livre en général ? Quelle type de lectrice êtes-vous ? Etes-vous une dévoreuse de livres ?
Mon père était un homme de lettres et ma mère une intellectuelle. J’ai grandi parmi les livres. J’ai commencé à lire vers l’âge de deux ans mais je déchiffrais vraiment à trois ans. Lire pour moi, c’était comprendre le Monde. Je me souviens avoir demandé à ma mère ce que signifiaient les mots sur la bouteille d’eau d’Evian. Je suis une dévoreuse de livre. Je faisais beaucoup de cauchemars quand j’étais enfant, alors avant de m’endormir, je lisais un livre joyeux pour orienter mes rêves. C’était une stratégie gagnante.
3/ Quel genre de livres lisez-vous ?
Maintenant je lis de tout. Soit j’apprends, soit je voyage. Je suis fervente de la littérature européenne du dix-neuvième siècle. J’aime les biographies, mais aussi les livres sur la spiritualité et la métaphysique. Je raffole des polars suédois et des thrillers, J'aime les romans anglais ou américains. Je me réconcilie en ce moment avec la littérature française contemporaine. Les écrivains japonais me fascinent. Et j’ai une place particulière pour Maryse Condé dans mon cœur.
4/ Préférez-vous le livre papier ou le support numérique et pourquoi ?
Je suis sensuelle avec les objets. J’ai une liseuse et j’ai acheté pas mal de livres numériques. Même si j’en ai lu certains, je n’éprouve pas le plaisir charnel que me procure l’ouverture et l’effeuillage d’un livre. Son odeur, la texture, tout pour moi fait partie d’un rituel qui crée ma bulle de confort. C’est un rendez-vous lié au plaisir et je le vis comme suit, thé , fauteuil, musique, livre, bonheur.
5/ Félicité, vous souvenez-vous de vos premiers écrits et de ce qui vous a amenée à écrire ?
J’aimais beaucoup écrire des rédactions à l’école. Et la maitresse lisait les rédactions qu’elle trouvait intéressantes. Je me souviens avoir raconté un récit de pêche en Afrique avec mon grand-père. Elle l’a lu à la classe et par la suite, ce récit a été lu à la fête de fin d’année. Elle trouvait que j’évoquais un souvenir très émouvant. Elle a été très surprise quand ma mère lui a dit que je n’avais pas connu mon grand-père et qu’en plus que je n’avais jamais mis les pieds au Cameroun. J’avais neuf ans. Ce jour-là j’ai compris que j’avais moi aussi la capacité de créer des mondes. J’ai commencé à écrire alors que j'étais envoyée en internat pour ma seconde. Je ne m’y plaisais pas, alors j’ai décidé d’écrire un roman, afin de m’évader en pensée. J’avais treize ans. Pour la petite histoire ma sœur avait dactylographié le roman et l’avait fait circuler sous le manteau auprès de ses copines. Il avait eu son petit succès auprès des collégiennes. Ma mère l’a trouvé un jour et l’a jeté.
6/ Que vous apporte l’écriture et la peinture ? Quel lien faites-vous entre ces deux arts ?
J’ai un syndrome d’Asperger, ce qui rend mon monde intérieur très riche. Il évolue à l’abris de l’impermanence extérieure. L’écriture me permet de contrôler et de créer un monde qui correspond à ma musique intérieure. Elle établit un pont entre les autres et moi. Là, il y a un partage d’émotion sans malentendu. La peinture est le vecteur de mes émotions. Je pense être davantage comprise en tant qu’auteure qu’en tant que peintre ! Mes toiles sont très différentes les unes des autres, elles surgissent selon mon état de vie. Autant je contrôle la plume, autant je ne contrôle pas le pinceau. Le lien, à mon avis, c’est la musique intérieure, elle est présente dans tous mes processus créatifs.
7/ Avez-vous un rêve d’artiste qui prime sur tous vos autres rêves ?
C’est une superbe question et je n’ai pas de véritable réponse. Bernard Werber avait parlé d’un jour où dans le métro il avait vu une femme lire son livre « Les fourmis », et se lever paniquée parce qu’elle avait failli rater sa station. J’aime beaucoup cette anecdote. Quoi que je crée, je rêve que les gens puissent s’y perdre pour souffler un peu, s’extraire de ce monde et se sentir heureux. Et surtout j’aimerais que la diversité devienne la normalité.
8/ Pouvez-vous nous parler un peu de «Très out of Africa « votre essai ?
L’idée est venue d’une simple question : « Quand me suis-je rendu-compte que j’étais noire ? ». C’est vrai que ça paraît anodin, mais c’est profond. Dans ce questionnement, l’enfer s’est vraiment l’autre. Très out of Africa, c’est un parcours initiatique qui mène à l’acceptation de soi dans un monde qui vous marginalise. En tant qu’afro-européenne trouver ma place a été très difficile, voir, très violent. Je peux comprendre la colère de certains gamins de couleurs. Le sentiment d’exclusion est si assimilé qu’il crée un malaise qu’on ne peut pas saisir, d’où la dépression, la colère ou l’humour. C’est en qualité d'actrice que j’ai vécu de plein fouet le racisme. J’ai écrit cet essai pour trouver les armes pour ne pas me laisser happer par la colère.
9/ Si je dis que vous êtes une artiste ou une auteure Black, quel sens donnez-vous à mon propos ?
La même chose je suppose que si on disait à Amélie Nothomb vous être une auteure blanche. Je pense qu’il y aurait arrêt sur image. Cette phrase sous-entend que la norme soit : " AUTEUR BLANC". C’est d’un racisme sans nom. C’est tellement institutionnalisé que je suis aussi entrée dans la danse. C’est plus facile. Mais, c’est le contraire de l’humanisme. Certaines personnes regardent mes peintures et parlent d’art urbain. Non, ce n’est pas de l’art urbain. L’occidento-centrisme (pardon pour ce néologisme) se retrouve dans tout. Quant à la FNAC les auteurs antillais se retrouvent dans le secteur littérature étrangère, ça se passe de commentaire.
10/ Vous avez écrit la nouvelle «Une vie pour elle» avec Vincent Pelloux. Qu’avez-vous dégagé de cette expérience ? Est-ce un exercice difficile que celui de co-écrire ?
C’est très intéressant. Vincent est dans les détails, pas moi. Avec lui, j’ai appris à donner du corps à une émotion, un état de vie. Mes héros et héroïnes sont souvent dans leur tête et traversent le monde presque comme des fantômes. Grâce à cette expérience avec Vincent, maintenant ils ont de la chair. Ce n’est pas simple de co-écrire, il faut faire des compromis. Avec mon syndrome, c’est une thérapie ! Mais Vincent est un professeur et je pense qu’il a su s’adapter à mes débordements. De mon côté, j’ai appris à lâcher du lest. Il doit être passionnant comme prof d’histoire.
11/ Vos écrits sont confrontés aux critiques des lecteurs de la plateforme www.pasvupaslu.com, les lisez-vous régulièrement et qu’en tirez-vous ?
Je ne les ai pas vues. Je ne dois pas savoir me servir correctement de la plateforme. Ceci dit, je sais à qui m'adresser pour améliorer mon score.
12/ Selon vous, quelle est la plus grande difficulté rencontrée par un auteur contemporain ? Est-ce encore plus difficile pour une auteure black ?
Il y a profusion de livres. On est bombardé par les mêmes campagnes de promotion des mêmes auteurs et auteures, chaque année. Les nouveaux et nouvelles ont du mal à voir la lumière. Difficile pour le lecteur ou la lectrice d’accéder à cette nouveauté. Donc le plus dur, c’est d’avoir une visibilité pour que cette rencontre puisse avoir lieu. Pour une auteure black, la plus grande difficulté serait de sortir de la black box et d’entrer dans l’arène sans étiquette. D’autant plus que je n’écris pas sur les problèmes de la polygamie, de l’excision ou du mariage forcé. Je n’ai pas connu ça. Mon éducation est occidentale et mon univers onirique et imaginaire se nourrit de l’environnement dans lequel j’ai grandi. Il y a une génération d’auteurs et d'auteures issue de l’immigration qui ne vont pas parler couscous, mafé ou ndombolo. Ces préjugés doivent prendre fin. C’est une façon de perpétrer un esprit colonialiste qui ne dit pas son nom. Je suis noire, ( et encore !) c’est une couleur, pas un caractère, pas une histoire, et certainement pas un style littéraire.
13/ Selon vous, être femme et black représente quoi dans notre société, une force, une différence positive, une différence porteuse d’obstacles supplémentaires ?
Quelle merveilleuse question ! Dans le monde actuel ce devrait être une force. Telle que j’ai été élevée j’ai toujours aimé ma couleur de peau. Sans en être fière, je trouve qu’elle me va bien. Je ne m’imagine pas blanche. Mais en en parlant avec une amie, j’ai réalisé à quel point c’était facile d’être blanche. Pour trouver du travail, un logement, faire ses courses, aller au restaurant, parler aux commerçants sur les marchés, voyager dans certains états des USA ou en Russie. Elle a constaté avec effroi combien pour moi s’était un effort au quotidien d’être noire. Être une femme noire, c’est être une femme forte et solide. A l’abris du racisme rampant ou avéré, elle transmet à ses enfants les outils pour survivre et se dépasser. J’ai dû apprendre à mes fils à être des hommes de couleur dans un monde qui a peur d’eux ( ce sont surtout eux qui m’ont ouvert les yeux). C’est difficile pour une femme noire de se donner le droit de ne rien faire. On a été tellement pastichées comme des femmes indolentes, promenant leurs derrières proéminents en trainant nos babouches qu’on se force à tenir debout coûte que coûte. Aux USA, on commence a créer des espaces de paroles pour ses femmes au bord de la crise de nerf qui ne s’autorisent pas à flancher de peur d’être stigmatisées. Être une femme noire, c’est ne pas sombrer malheureusement, être toujours aux aguets. Je me souviens de ma mère qui n’allait se coucher que quand tout le monde était rentré. J’ai grandi dans la méfiance de la police et des autorités. Je ne les ai jamais sentis comme représentant les valeurs de la république comme avec cette boulangère d’origine Camerounaise à Levallois. Dans ma propre ville, de gauche, aucune personne de couleur n’a de poste à responsabilité. Mais personne ne parlera de racisme bien sûr. Le chemin sera encore long avant de voir une évolution. Et de plus en plus, avec les problèmes d’argent en Afrique, les jeunes femmes se vendent pour un visa, pour un rêve. Elles perdent la notion de leur valeur, échangées et affichées comme des marchandises exotiques.
14/ Je sais que vos écrits traitent souvent de maux ou de faits de société. Quels sont vos projets artistiques et littéraires 2019/2020 ?
Je vais aborder mon parcours en tant qu’artiste issue d’une minorité visible (soupir !) et me lancer dans l’écriture d’une saga racontant le destin de quatre femmes à travers le temps.
15/ Que vous apporte votre présence sur la plateforme www.pasvupaslu.com ?
La plateforme m'apport bien sûr une visibilité mais également une forme de légitimité. Il y a un travail fourni et sur la plateforme, il est matérialisé parce qu’il existe maintenant aux yeux des autres. J’apprécie l’espace qui est donné aux auteur(e)s mais aussi aux autres métiers qui gravitent autour du livre. C’est passionnant et ça démystifie le mythe du nouvel auteur qui vend des millions d’exemplaires à travers le Monde. Je pense que ça nous rend plus lucide. Et cerise sur le gâteau, c’est très enrichissant de cohabiter avec d’autres auteur(e)s, de découvrir et partager leurs univers.
16/ Avez-vous des attentes particulières que vous souhaiteriez trouver sur www.pasvupaslu.com ?
J’espère découvrir mes nouveaux auteur(e)s coup de cœur. Je serai ravie d’avoir des retours sur ce que je produis pour créer et renforcer ce lien auteure-lecteur-lectrice.
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