pas vu, pas lu

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"Toute littérature est assaut contre la frontière." Franz Kafka
Pas vu, pas vendu, pas lu !!!!!!!Edito du 22/09/2019

Pas vu, pas vendu, pas lu !

Quelle joie que celle d’avoir posé sur sa 1ère oeuvre le mot fin. Même si ces trois lettres ne figurent pas toujours sur la dernière page, le bonheur que cet instant dévoile est le même pour tous. Il est gigantesque, profond et porteur de l’une des plus vives émotions qu’un être puisse ressentir par le fruit de son travail.

Très vite, sans avoir préalablement oublié de le protéger, il faut faire connaitre rapidement aux illustres et très convoitées grandes maisons d’édition ce chef d’oeuvre nouvellement né. Un, deux, trois......dix auteurs sur dix engagent ce processus d’envoi de ce produit rare qui ne porte encore et, c’est regrettable, que le label de manuscrit. Certains négligeront la présentation quand d’autres la soigneront. Une poignée aura, préalablement à cet envoi, pensé à mettre le fruit de tous ses rêves dans les mains d’un correcteur professionnel. Quand faut-y-aller, faut-y-aller ! Les plus averti(e)s iront même jusqu’à pousser la pointe de leur stylo à accompagner ce manuscrit d’une missive tout aussi bien léchée que le chef-d’oeuvre lui-même. Le plus averti(e) des averti(e)s ajoutera, dans la dite missive, que nombreux sont celles et ceux qui autour de lui ont déjà su apprécier la qualité de l’oeuvre proposée. Ce jour là, d’ailleurs, Maman, tonton, fréro, soeurette, le meilleur pote, l’élu, oui l’élu, monsieur le maire ou une autre sommité locale aura déjà apposé, d’un regard expert et impartial dont personne ne pourrait douter, un avis favorable sur cet ouvrage rare. N’écrit pas un chef d’oeuvre qui veut, sacré nom d’un chien ou d’une pipe ! Veuillez, s’il vous plait et à votre gré, barrer la mention inutile.

Mais tous, je dis bien tous, caresseront, au moment de la mise sous pli et du dépôt à la poste de leur petit trésor, un désir fou de succès, un espoir d’universalité et l’envie profonde de voir leur oeuvre devenir le best-seller de l’année. Avant cela, il faudra juste, mais c’est à cet instant et dans leur esprit qu’une formalité, obtenir le Grall, le «Sésame ouvre toi !» d’une majeure de l’édition. Comme une grossesse engagée, commence alors l’attente du coup de téléphone de l’une de ces grosses boites d’édition. Cette expectative bloquera et s’appropriera une partie de la pensée de chacun de ses écrivains de l’ombre. Une lettre, c’est presque toujours le cas, annoncerait un rejet. Un appel téléphonique, au contraire, sonnerait le glas du refus pour porter très haut les espoirs d’une carrière d’auteur engagée et ferait passer notre illustre auteur de l’ombre à la lumière. Dans ce Monde très attaché à la parité, il faut entendre par auteur, un homme ou une femme.

Neuf mois, c’est long !  Au terme de trois ou quatre mois, les premiers déçu(e)s recevront déjà la triste et morbide lettre de refus dans laquelle certaines formules surannées mais encore très usitées annonceront avec ambage, la fin de leur rêve. Malgré la qualité de votre ouvrage, cette oeuvre ne correspond hélas pas à notre ligne éditoriale. Malgré tout l’intérêt que nous avons porté à votre ouvrage, nous sommes au regret de vous annoncer que notre comité de lecture ne l’a pas retenu. Je ne sais pas ce que vous en pensez, vous, mais moi, c’est définitif, je n’aime pas, mais alors, pas du tout, le mot «malgré». Qu’importe ! D’autres attendront encore et encore sans rien recevoir et finiront d’attendre sans s’en rendre compte. Ils oublieront même avoir caressé un jour l’espoir d’être édité(e). Croyez-le ou non, on peut éditer des milliers de pages, publier des centaines d’oeuvres et ne pas écrire la moindre lettre, le moindre mot. On peut également assumer cet état de fait en l’annonçant sur la page contact de son site Internet. Cette annonce : «Si personne ne vous a contacter dans un délai de......» offre la faculté facile  de se débarrasser, à moindre frais, de toute obligation de courtoisie en vers celles et ceux qui des jours durant ont travaillé à l’écriture de leur manuscrit et qui peut-être un jour et malgré le rejet du premier manuscrit rempliront les caisses de la maison d’édition avec un nouvel ouvrage. Du coup, «Malgré» reste quand même une preuve de courtoisie trop injustement délaissée par le plus grand nombre. Ca y est ! Je dénonce, je balance, je vocifère, je critique, bref, je fais de la résistance mais, pacifique.

Revenons-en plutôt à nos moutons. Vous remarquerez, chère lectrice, cher lecteur que pour le moment, je ne me débrouille pas trop mal avec la parité. A la réception d’une lettre  de rejet ou la fin raisonnable de toute attente de réponse de la part d'une maison d'édition, l’auteur, l’auteuse, l’autrice, la femme auteur ou l’homme auteur plus motivé cherchera quant à elle ou quant à lui, une autre voie. Il y en a ! Et là, mes amis, le Monde de l’édition n’a pas fini de vous surprendre par la richesse de toutes les aventures humaines, logistique, marketing et commerciales qui peuvent être déployées pour écrire, non pas un chef-d’oeuvre mais des pages et des pages de comédies, de tromperies, de niaiseries, de bouffonneries en tous genres. Cette série d’édito va, c’est ma promesse, vous aider à y voir plus clair dans ce panel d’aventures qui en dit long sur le marché du livre. Je dis marché avec force et conviction parce que derrière le rêve partagé par des milliers d’auteurs en herbe se trouve un cauchemar qui fait du livre, non pas un produit culturel d’exception mais un produit de grande consommation où le « Big is always beautiful» et le petit, qu’il soit éditeur ou auteur, est condamné à devenir simultanément un maillon faible de la chaine du livre et un esclave libre de se perdre dans les méandres d’une distribution aux exigences inavouables. Pourtant, l’auteur apporte dans sa musette la matière première et le petit éditeur, la genèse de toutes les émergences de talent.

S.T

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